Kanchanaburi, une région à découvrir

        Pour tout visiteur ou résident qui se respecte, Kanchanaburi et sa région font partie des incontournables. Outre son charme particulier, cette petite ville est le point de départ de très nombreuses excursions, toutes aussi surprenantes les unes que les autres.


          Il y a bien sûr le pont sur la rivière Kwaï, devenu mondialement célèbre grâce au roman de Pierre Boulle, paru en 1952, adapté au cinéma par David Lean en 1957 (oscar du meilleur acteur pour Alec Guinness) et immortalisé par son refrain sifflé «Hello le soleil brille».

        Comme le livre et le film ont très peu à voir avec la réalité historique, certains peuvent être un peu déçus en découvrant que ce pont n'est en fait qu'une étroite passerelle sur la rivière, dont le nom ne se prononce d'ailleurs pas «kwaï» (kouaille) mais «khwae» ou « Khwè». Seuls les francophones font l'erreur, à cause d'un tréma injustifié.


[Le pont sur la rivière Kwae fut bombardé à sept reprises entre novembre 1944 et juin 1945, causant des «dommages collatéraux» dans un camp de prisonniers de guerre. Aujourd'hui, il supporte sans broncher le mitraillage photographique de centaines de touristes au quotidien]

          Bombardé (et non pas dynamité) par les alliés en 1945, ce vestige de la 2ème guerre mondiale constitue naturellement l'attraction principale de la ville, provoquant un défilé incessant de curieux. Sur la place qui sépare la jolie petite gare de la rivière, l'ambiance est décontractée et bon enfant. Autour des boutiques de souvenirs, sous les allées ombragées, beaucoup de touristes étrangers déambulent tranquillement, bercés par de la musique pop thaïe, se laissant tenter par les vendeurs de pierres précieuses et semi-précieuses, extraites des mines locales (principalement du district voisin de Bo Phloy).


          La ville est située au confluent de la Khwae Noï et de la Khwae Yaï qui forment ensuite la Mae Klong. Tout près du pont, on peut à tout moment sauter dans un 'long tail boat' (bateau à longue queue) pour une promenade express au fil de l'eau et admirer les berges où se succèdent les restaurants sur plate-forme et les «guest-houses» fluviales, entourées de lotus roses éclosant sur des tapis de plantes aquatiques aux larges feuilles vertes étalées.


[Malgré la pollution sonore, une virée rapide s'impose, du pont au confluent, pour s'imprégner du cadre enchanteur qui a pourtant connu tant de souffrances aussi inutiles qu'absurdes: le 15 août 1945, l'armée impériale nippone se rendait inconditionnellement, moins de 2 ans après l'inauguration de la ligne siamo-birmane]

        Visions calmes et sereines, si ce n'était le bruit du moteur hors-bord ! En passant, le barreur (un vrai pilote de formule 1 !) vous montre la somptueuse résidence secondaire du propriétaire du Thai Rath (un quotidien 'tabloïd' tirant à un million d'exemplaires) ou celle de Khun Chaleum, une figure politique très connue [paraît-il !].


          L'idéal est d'embarquer en fin d'après-midi pour revenir à la brune et savourer, depuis la terrasse d'un estaminet, l'heure magique du couchant aux tonalités d'un bleu sombre liseré de rouilles éclatantes.


        Très appréciées également sont les croisières qui s'étendent sur 7 à 10 heures de navigation, comprenant des «nocturnes», sur de grandes barges aux baies vitrées, spécialement aménagées, avec piste de danse et karaoké.


          Et pour rester sur les cours d'eau (sans conteste l'une des richesses majeures de la région), pourquoi ne pas explorer le réseau fluvial en canoë-kayak ?! La petite compagnie de navigation Safarine (Safari + Josine, fondée par cette dernière en 1995) propose justement des circuits à la carte pour petits et grands.


[Le sourire SAFARINE]

            David Barthez, chef d'expéditions aquatiques, est probablement le seul Français et l'un des rares «Farangs» à mener une activité professionnelle et commerciale dans le secteur de Kanchanaburi (qui n'est pourtant n'est qu'à 130 km à l'ouest de Bangkok, environ 2 heures de route). Il se l'explique très simplement : "Il n'y a pas grand chose ici pour séduire les étrangers qui voudraient s'installer à l'année, question ravitaillement surtout, on ne trouve pas facilement de produits importés. Il y a bien un Tesco-Lotus, mais ce n'est qu'un hypermarché de campagne. D'un autre côté, l'avantage pour les touristes, c'est que les prix en général sont assez bas, mais c'est justement ce qui rebute les étrangers en quête de commerces rentables: la marge bénéficiaire est de ce fait plutôt réduite ».


          Car Kanchanaburi est aussi réputée pour être la ville touristique la moins chère du pays. De Bangkok, on peut facilement se rembourser le voyage grâce aux tarifs en vigueur sur le gîte, le couvert et les boissons alcoolisées. Il y en a quand même pour tous les budgets et l'éventail est large: le prix d'une nuitée va de 70 (bien : soixante-dix) bahts pour une simple hutte en paille et bambou, les pieds dans l'eau, à 8000 (huit mille) bahts au Felix River Kwai Resort, en passant par de petits hôtels très corrects, avec vue directe sur les ondes, à 400 (quatre cents) bahts.


          On y croise donc un mélange très éclectique de visiteurs: jeunes couples de routards occidentaux, familles d'expatriés en congés et ressortissants des pays d'Asie, notamment une proportion élevée de Japonais venus admirer la prouesse technique de leurs aînés, tout en se repentant de la cruauté des soldats de l'armée impériale nippone.


[Don Rak, l'un des cimetières militaires de Kanchanaburi : ici reposent 6,982 soldats morts de maladies, d'épuisement et de maltraitance sur le chantier de la ligne reliant Nong Pladuk (près de Nakhon Pathom, ouest de Bangkok) à Thanbyuzayat (Birmanie)]

          Entre les civils asiatiques (Birmans, Siamois, Malais, Indonésiens) et les prisonniers de guerre (Australiens, Britanniques, Néozélandais, Américains et Néerlandais), on estime à plus de 100 000 le nombre de travailleurs forcés qui ont laissé leur vie (entre 1942 et 1943) à construire les 415 km de la ligne joignant les réseaux ferroviaires birmans et siamois. A Kanchanaburi même, plusieurs musées et cimetières permettent de se faire une idée du calvaire de ces forçats. Leur visite est édifiante et indispensable.


[Un touriste japonais admire le paysage des fenêtres du petit train Kanchanaburi-Namtok. Peut-être voit-il des fantômes qui l'interpellent: les autorités nippones ont officiellement reconnu les atrocités commises pendant la 2nde guerre mondiale en Chine et en Corée mais pas pour ce qui s'est passé en Thaïlande]

          130 km de ce «chemin de la mort» sont toujours utilisés et permettent notamment de faire le trajet Kanchanaburi-Namtok, dans un petit tortillard aux banquettes de bois.


        Les compartiments sont de vieille facture, rappelant ceux de la Compagnie des Indes, avec des ventilateurs au plafond, des porte-bagages règlementaires, des vitres coulissant verticalement et des persiennes métalliques. La plupart des passagers sont des touristes émerveillés qui découvrent la campagne, les paysages verdoyants, avec au loin de petites chaines de montagnes. C'est une belle région très fertile, prospère, car bien arrosée par les pluies et irriguée par les eaux de rivière. Tout y pousse : pommes de terre, bambous, bananes, canne à sucre… On aperçoit de nombreuses fermes, abritant des élevages de porcs et des troupeaux de zébus dans des enclos.


          Arrivée au terminus de Namtok et départ à la découverte d'une région riche en sites naturels, culturels, archéologiques et religieux, au milieu de parcs nationaux qui sont de fabuleuses réserves de faune et flore.


          Namtok veut tout simplement dire «chute d'eau» en thaï et on en trouve à satiété dans tout le secteur, à commencer par celles de Sai Yok Noi, à quelques centaines de mètres de la petite gare de montagne (où l'on peut au passage admirer une impressionnante locomotive à vapeur rescapée de la guerre). Le site est remarquable de beauté naturelle.


          Mais bien sûr, il ne faut pas manquer les cascades d'Erawan (à 65 km de Kanchanaburi), qui font certainement partie des plus populaires de toute la Thaïlande. La période idéale pour les visiter est pendant l'arrière saison des pluies, d'août à octobre, lorsque les eaux coulent en abondance, à travers des forêts très denses de bambous et d'arbres à feuilles caduques. L'ensemble des chutes s'étage sur 7 paliers, le premier (et le plus bas) étant à 700 mètres de la route et à 1500 mètres du sommet, avec un bon dénivelé, cela va sans dire. Compter 45mn et prévoir de bonnes chaussures de marche. C'est en arrivant tout en haut que l'on comprend le pourquoi de ce nom : Erawan, le véhicule d'Indra (le roi des dieux) est un éléphant à trois têtes, et la formation rocheuse qui domine la cascade n'est pas sans rappeler cet animal mythologique. Au fur et à mesure de l'ascension, il est possible et même recommandé de se baigner dans les nombreuses et grandes vasques granitiques, voire de se doucher copieusement sous ces inépuisables débordements d'eau délicieusement fraîche.


          La région offre un grand nombre d'endroits à visiter qu'il est impossible de lister ici. Pour ceux que l'Histoire intéresse, on peut aussi y remonter très loin dans le temps: bon nombre de cavernes répertoriées ont abrité des hommes du néolithique et, il y a quelques siècles, les Birmans voisins suivaient les sentiers praticables des cols et des vallées pour envahir le royaume de Siam. Le poste frontalier le plus célèbre est celui dit des "Trois Pagodes" (construites au 4ème siècle), à quelque 240 km au nord-ouest de Kanchanaburi. Mais c'est aussi par là que passaient les caravanes de marchands et les moines-missionnaires bouddhistes de l'Inde ancienne.


          Bien plus près, à 45 km de la ville se trouvent les vestiges du Prasat Muang Singh (le sanctuaire de la Cité des Lions), temple d'une citadelle qui fut un poste avancé du royaume khmer, à l'apogée de sa puissance. Construite au 12ème siècle, entourée d'une haute muraille toute en latérite (une roche d'un beau ton rouge brique), elle domine la rivière Khwae Noi. C'est maintenant un vaste domaine d'une centaine d'hectares, bien entretenu et comprenant principalement un lieu de culte shivaïte restauré et qui évoque quelque peu les merveilles d'Angkor Vat ou du Bayon d'Angkor Thom. Non loin de l'édifice religieux, un musée abrite toute une collection de statues, de poteries, d'outils, de photos, d'images et de cartes.


          Autre lieu très prisé des touristes, le Wat Pa Luangta Maha Bua, plus connu sous le nom de temple des tigres, sur la route entre Kanchanaburi et Sai Yok. Depuis une dizaine d'année maintenant, cette communauté de moines bouddhistes s'occupe de recueillir, de soigner et d'élever des animaux sauvages, et particulièrement des tigres. Il y en a une bonne douzaine, on peut les approcher et même leur gratter le dos pour la photo-souvenir.


          Tous les ans, de fin novembre à début décembre, la ville de Kanchanaburi organise le «River Kwai Bridge Festival» en hommage aux «cheminots malgré eux». Spectacle son et lumière et feu d'artifice grandiose sont au programme ainsi que des expositions historiques et archéologiques, un carnaval et des manèges, des danses et musiques folkloriques, divers évènements culturels et un grand marché ouvert. Même pour la hutte en bambou, il est conseillé de réserver à l'avance.

                                                Raymond Vergé

http://kanchanaburicanoe.spaces.live.com

Pour en savoir plus :

www.visitkanchanaburi.com

www.tigertemple.org

www.jollyfrog.net

www.pongphen.com


Supplément photos


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NAKHON PATHOM








Rencontre inopinée avec Samak Sundaravet
sur le marché de Nakhon Pathom en juillet 2007,
six mois avant qu'il ne devienne Premier ministre




Article ajouté le 2008-03-01 , consulté 334 fois

Commentaires


David kanchanaburi site : www.safarine.com | le 02/04/2008 à 04:07:00
Bonjour,

Tres bel article sur la region de kanchanaburi, bien detaille.

David

Manu le 20/04/2008 à 12:23:12
Merci pour cette invitation au voyage dans la région de Kanchanaburi............
Aventureve le 19/06/2008 à 09:31:09
Tres bel article qui donne l'envie de decouvrir les environs !

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