Garouda, symbole royal et national [thaïlandais]


                Que vous soyez de passage ou résident en Thaïlande, vous avez dû l'apercevoir (si vous levez les yeux), notamment sur le fronton de certaines banques ou de compagnies d'assurances. Il orne la façade des ministères et des principaux établissements publics (i.e. d'État). Il figure sur le sceptre et les étendards de Sa Majesté. Symbole royal mais aussi national, on le retrouve, en tant que sceau officiel, sur la couverture (et sur certaines pages) des passeports thaïs, les cartes d'identité et certains livrets bancaires. Il est également présent (des deux côtés) sur tous les billets de banque et sur l'en-tête des documents administratifs.

                 C'est Garouda, l'Oiseau Solaire, mi-homme, mi-aigle. Les Thaïs l'appellent Khrouth. Comme la plupart des personnages de la mythologie bouddhique, il a été "emprunté" au panthéon hindou (via l'ancien royaume Khmer) et, depuis, continue sa brillante carrière, non seulement au Siam, mais aussi en Indonésie et en Malaisie, entre autres pays "hindouisés" de l'Asie du sud-est (cf. George Cœdes).

                En Inde, il est surtout connu comme étant la monture (en sanskrit, "wahana", i.e. le véhicule) de Vishnou et de son épouse Lakshmi. Son aspect est à la fois effrayant et rassurant. Il ne laisse pas indifférent et exerce même une sorte de fascination de par la puissance qu'il dégage.

                Dans la trilogie hindoue, entre Brahma le Créateur et Shiva le Destructeur, Vishnou est le protecteur et celui qui rétablit l'équilibre avec les forces du Mal en s'incarnant sous différentes formes. De ce fait, il est très populaire parmi les fidèles. On lui prête une dizaine d'incarnations ("Avatars"), dont le Bouddha lui-même.

                 En Thaïlande, (mais aussi au Cambodge, et en premier lieu à Angkor, ancienne capitale des rois khmers), Garouda a sa place dans les temples bouddhiques royaux puisque, selon la croyance séculaire, le roi est la personnification de Vishnou-Narayan, dieu bienveillant par excellence. Le monarque est de fait un "Devaraja", i.e. roi d'essence divine.

                 Garouda est également assimilé au feu du soleil purificateur et la croyance populaire lui attribue le pouvoir de guérir les morsures de serpents. De ce fait, l'émeraude, qui est aussi considérée comme un antidote au poison, lui est donc associée. Il n'est pas habituellement vénéré comme un dieu indépendant mais plutôt célébré de pair avec Vishnu Narayan. Il est souvent en faction devant les temples dédiés à ce dernier et l'iconographie le représente comme son valeureux 'coursier'.


                  Sur les toitures des édifices religieux, il serait devenu le Cho-fa, élément caractéristique de l'architecture thaïe, sous une forme hautement stylisée (serait, car tous les spécialistes ne sont pas d'accord sur ce point: certains parlent de Nagas, serpents mythiques et demi-frères de Garouda; d'ailleurs, oiseaux et reptiles sont ovipares!).

                  Au cours de l'histoire du Siam, Garouda (Khrouth) apparaît dans toutes les formes d'art et ses représentations ont nécessairement évolué selon les périodes et les styles. Quoi de plus naturel que de le voir figurer comme élément décoratif sur les chaises à porteurs royales ainsi que sur le trône, mais aussi sur les toits et les pignons des résidences royales.

                  Depuis 1911, lorsque le roi réside au palais, l'étendard "Maharaja" est hissé au-dessus de ses appartements. C'est un drapeau carré, orné d'un Garouda rouge sur fond jaune (cette dernière est la couleur du lundi, jour de naissance du roi actuel, Bhumibol Adulyadej). Quand Sa Majesté se déplace, le même étendard flotte à l'avant des voitures.


                   Pour les compagnies privées méritantes et qui ont donc l'insigne honneur de pouvoir en orner leurs façades, il est la marque de la reconnaissance royale (i.e. Doï daï rap pra-borome-ratcha anouyaatt, devise figurant sur la bannière). C'est en effet le roi lui-même qui décerne ce privilège aux sociétés ayant contribué au progrès de la nation, notamment dans le domaine économique et social. C'est pourquoi, Garouda (Khrouth) ne peut être utilisé à la légère.


                    Selon certains témoignages, il aurait une incidence négative pour les compagnies dont les bureaux sont situés directement en face de son effigie. A Bangkok, des légendes locales parlent même d'un nombre étonnant de banqueroutes, de scandales, d'accidents mortels et de décès inopinés survenus dans des bâtiments qui lui sont symétriquement opposés. On dit que la banque japonaise Mitsui, en vis-à-vis exact par rapport au Garuda géant qui orne la façade de la Bangkok Bank sur Silom Road, aurait fait construire une maison des esprits et installer plusieurs miroirs 'anti mauvais-œil' après avoir subi toute une série d'incident malheureux, dont notamment la fin tragique de son directeur général japonais dans un accident de voiture et des employés touchés par des maladies graves sans aucune explication rationnelle…

                    L'aigle Garouda est bien sûr aussi le nom et le symbole de la compagnie nationale aérienne d'Indonésie, pays qui l'a également adopté comme emblème national (sur ses armoiries), mais sans en retenir aucun des ses attributs humains (en héraldique, l'aigle est, avec le dragon, le seul animal qui appartienne à l'emblématique de tous les temps et de tous les pays). Il est quand même intéressant de noter que, en Indonésie, l'influence de la civilisation indienne a été si forte que malgré l'islamisation, beaucoup de musulmans de ce pays portent toujours des noms d'origine sanskrite, donc purement hindous. Et on retrouve aussi Garouda largement cité dans le folklore de la Malaisie, autre pays fortement islamisé…

Raymond Vergé




GAROUDA EN INDONÉSIE

Crémation royale fastueuse au coeur de Bali l'hindouiste

UBUD (Indonésie) (AFP) - 15/07/2008

 

     Une immense foule d'hommes en sarong et de femmes aux bras chargés d'offrandes a assisté mardi au coeur de Bali à une crémation royale, une cérémonie exceptionnelle dans l'île hindouiste.

 

     Pas moins de 250.000 personnes selon les organisateurs, dont une petite minorité de touristes étrangers conscients de vivre un moment particulier, se sont rassemblées dans la petite ville d'Ubud, foyer des arts et traditions de "l'île des dieux". Depuis 1967 Bali n'avait connu que deux crémations royales, en 1979 et en 2004.

 

     Avec une procession de deux kilomètres seulement, il fallait bien choisir sa place pour admirer les immenses palanquins chargés des attributs de la famille royale d'Ubud, la plus puissante de la province.

 

     Un dernier hommage était rendu à Tjokorda Gde Agung Suyasa, ancien chef de cette famille et personnalité immensément respectée pour toutes ses donations aux institutions hindouistes de Bali, où le système de castes est en vigueur.

 

     Son cadavre avait été installé dans le principal temple d'Ubud en compagnie de celui d'un autre aristocrate, Tjokorda Gede Raka, un ex-responsable de la police.

 

     C'est de là que s'est ébranlée la procession géante, menée par huit mille hommes habillés du traditionnel sarong, vers le cimetière royal.

 

     Evénement rarissime en soi, l'effigie vénérée d'un dragon long de sept mètres était exhibée. Les corps des deux défunts étaient eux transportés dans un sarcophage à forme animale, en l'espèce un taureau noir recouvert de feuilles d'or.

 

     La dépouille embaumée de Tjokorda Gde Agung Suyasa avait pris place dans une structure de bois nommée "bade", haute de 28 mètres, constituée d'un garuda (créature ailée mythique servant de monture à Vishnou) coiffé de neuf chapiteaux superposés.

 

     L'ensemble reposant sur des bambous et pesant onze tonnes a été porté par 250 Balinais, changés tous les 150 mètres. Le trajet comportait volontairement des circonvolutions afin de désorienter l'esprit du mort et l'empêcher de revenir hanter son foyer.

 

     "De toute ma vie je n'avais jamais vu une telle cérémonie. Et je ne pense pas que je verrai quelque chose qui y ressemble avant de mourir", confiait Wayan Suta, un artisan de 42 ans qui avait emmené son fils assister à l'événement.

 

     "Il s'agit de nos rois, il me fallait leur rendre hommage", ajoutait-il pour expliquer sa présence.

 

     A l'arrivée au cimetière, les cercueils royaux ont été aspergés d'eau sacrée tandis que les femmes recouvraient d'offrandes le bûcher dressé autour des cocotiers. Après un instant de recueillement à la nuit tombée, les taureaux de bois et or ont été dévorés par les flammes.

 

     La crémation est un rite de passage essentiel dans la religion hindouiste: elle est censée permettre à l'âme immortelle, libérée de son enveloppe charnelle, de renaître sous une autre forme. Les éléments constitutifs du corps retournent eux vers la nature grâce au feu.



Article ajouté le 2008-03-01 , consulté 124 fois

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