Pattaya Express

Le réseau ferré thaïlandais ne compte encore aujourd'hui qu'un peu plus de quatre mille kilomètres de voies*. Hormis quelques grands axes (dont ceux reliant les frontières des pays limitrophes), le train n'est pas toujours une option qui vient à l'esprit. Peu de gens savent même qu'il y a une gare ferroviaire à Pattaya. Pourtant elle existe, nous l'avons pratiquée.


En Thaïlande, du nord au midi, le car inter-villes reste le mode de transport en commun le plus développé. Ne serait-ce qu'au départ de la gare routière de Pattaya-Nua, plus d'une trentaine de bus quotidiens desservent les 3 terminus de Bangkok (Ekamai, Morchit et Sai-Tai-Mai). Cela fait une moyenne de mille cinq cents passagers dans un sens et autant dans l'autre, tous les jours de la semaine. En comparaison, avec seulement quelques dizaines de voyageurs qui embarquent dans l'unique train faisant la navette du lundi au vendredi, la ligne ferroviaire fait figure de parent pauvre. Mais si l'on n'est pas pressé, cela vaut le détour.

Repérage: pour situer les lieux, à hauteur de Pattaya-Klang sur Sukhumvit, il faut prendre la Siam Country Club Road et tourner à gauche juste avant le passage à niveau (logique !). On distingue au loin une simple bâtisse de plain-pied, blottie dans un paysage champêtre. Régulièrement, une douzaine de chèvres envahissent le bout du quai pour brouter parterres et massifs.


L'ambiance est résolument détendue. On est loin de l'effervescence de la gare routière. Généralement, une petite soixantaine de personnes attendent sereinement l'omnibus. Quelques femmes musulmanes voilées, des familles, des enfants, quatre ou cinq farangs en couple avec leur compagnes thaïes. Le départ est prévu à 14h21. La billetterie (sponsorisée par la Bière du Pachyderme) ouvre une demi-heure avant. Inutile de réserver : pour 31 bahts par personne, la banquette 3ème classe est garantie.


        14h17. Le chef de gare s'agite avec ses drapeaux rouge et vert, le train est à l'heure : cinq wagons flegmatiquement tirés par une locomotive diésel. Il revient de la gare de Ban-Plu-Ta-Luang à une vingtaine de kilomètres au sud de Pattaya. Il démarre tranquillement. Si le bus fait le trajet en 2h-2h30, le train met quand même 3h30, mais on peut allonger ses jambes et admirer le paysage. Il n'y a que l'embarras du choix pour s'installer. Rempli au quart de ses capacités, le compartiment est de vieille facture, rappelant ceux de la Compagnies des Indes, avec des ventilateurs au plafond, des porte-bagages règlementaires, des vitres coulissant verticalement et des persiennes métalliques.


    On découvre la campagne, les paysages verdoyants. On voit aussi l'envers du décor, comme par exemple une décharge à ciel ouvert où l'on récupère et trie les déchets. Plus loin, à l'ombre d'un porche, une mère transfigurée berce son enfant langé dans un hamac.


    1er arrêt: Banglamung. Il n'y pas grand monde. Et pas non plus de hauts-parleurs annonçant le nom de la station, le temps d'arrêt, le départ et la fermeture automatique des portes… Les fonctionnaires de la SRT (State Railway of Thailand) s'échangent prestement des mallettes en bois marqués de hiéroglyphes à la peinture blanche. Ces mystérieuses valises renferment sans doute des documents administratifs consignant les mouvements ferroviaires.


        Prochains arrêts: Siracha,  Khao Karat, Chonburi… Entre les gares, c'est un défilé de palmeraies, de cocoteraies, de bananeraies, de collines, de pitons rocheux et de pylônes électriques. Beaucoup de bassins de pisciculture et d'élevages de crevettes. On savoure brièvement quelques scènes pastorales avec des bergers surveillant leurs troupeaux de zébus bossus. A côté des cannes à sucre, une usine de ciment où l'on concasse des cailloux… La végétation est riche et variée : alternant avec les rizières ondulantes, les marais exposent leurs roseaux, leurs nélombos et leurs lotus roses. Des filets de pêche chinois, comme de grands cerfs-volants argentés, se balancent paresseusement au-dessus de petits lacs verdâtres. On aperçoit bien sûr des temples élégamment austères, à côté d'usines ultramodernes, non loin de cabanes en bois.


        Côté bestiaire, des buffles promènent leur apathie nonchalante non loin d'une multitude de hérons gris, délicatement posés sur un tapis d'émeraude végétale. Parfois, les narines sont sollicitées par des remugles émanant d'élevages de poulets en batterie, dont les longues cages sont montées sur pilotis, au milieu d'étangs artificiels, peut-être de façon à ce que les poissons profitent des déjections. C'est ainsi que l'on franchit la barrière des espèces…

            Arrêt Phanthong : comme on peut s'y attendre, à peu près toutes les gares ont la même architecture minimaliste et le même agencement. Deux petits bâtiments rectangulaires, de part et d'autre de l'entrée et de l'accès au quai, celui-ci étant abrité par un toit d'un seul versant qui fait toute sa longueur.


            En guise de cuisine embarquée, une matrone tout sourire propose des snacks et des cacahuètes bouillies. On lui réclame des boissons : qu'à cela ne tienne, elle vous confie toute sa marchandise pour aller chercher des bouteilles d'eau minérale stockées on ne sait où. Elle est chez elle, ce petit train est sa boutique et elle ne craint pas les voleurs…


        Arrêts Donsinaun, Phaet-Riou, Chatchaengsao, Bangtoeuy… A une heure de l'arrivée, le compartiment n'est encore rempli qu'à moitié, mais une demi-heure plus tard il est presque complet. Normal, les arrêts se multiplient. En tout, depuis le départ, il n'y en a pas moins d'une trentaine jusqu'au cœur de Bangkok.


            Avant les arrêts de Makkasan et de Phayathai, en pleine capitale, on voit encore de modestes élevages de poules abrités par de simples cages rondes en osier, posées à même le sol de terre battue. Et déjà, dans des académies installées sous de frêles chapiteaux, entre des épiceries et des maisons d'habitation, juste au bord de la voie, les joueurs de «snooker» frottent à la craie bleue la flèche des longues queues de billard.


        On arrive enfin à Hualamphong (nom thaï pour datura!) vers 17h50. Les jeunes récupérateurs de bouteilles plastiques se précipitent et montent avant même que tous les passagers ne soient descendus.

          

          Et puis on se retrouve tout à coup perdu dans la foule grouillant sous la majestueuse voûte métallique «Art Déco», au pied de belles façades intérieures.



        Située au coin sud-est du quartier chinois (Yaowarat), la gare fut construite par des architectes néerlandais juste avant la 1ère guerre mondiale. Beaucoup de Bangkokiens et de touristes viennent s'y réfugier de la chaleur et profiter des écrans de télévision géants, des kiosques à journaux, des commerces de détail et même d'une statue du Bouddha incitant au recueillement. Pour certains, ce n'est pas un lieu de départ ou d'arrivée mais une destination en elle-même. Les amateurs peuvent même visiter une exposition permanente, retraçant l'histoire des transports en Thaïlande, située dans un des tunnels d'accès au métro souterrain (sortie nº2).


          L'impression générale que l'on retire de ce voyage est que l'on vient de faire une petite escapade hors du temps, quelques heures à rêver dans un lieu hors du monde, tel un flâneur immobile survolant la campagne: un luxe très accessible !

Raymond Vergé

*4000 km de voies, c'est huit fois moins qu'un pays comme la France, à superficie et population sensiblement égales.

Horaires officiels fournis en juin 2006 par le STATE RAILWAY OF THAILAND:

Du lundi au vendredi inclus. Départ Pattaya 14h21 – Arrivée Bangkok-Hualamphong 17h40. Départ Bangkok-Hualamphong 06h50 – Arrivée Pattaya 10h18. Des taxis collectifs (songthaew) peuvent vous déposer en ville.





Article ajouté le 2008-03-03 , consulté 202 fois

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