Pattaya, je t'ai dans la peau !

Pattaya, jeté dans la peau !

Avec ses plus de soixante-dix 'salons' égaillés aux quatre coins de la ville, Pattaya contribue laborieusement à la survivance d'un des plus vieux métiers du monde: le tatouage !  (Et oui, il n'y a pas que le massage dans la vie…)


            Car en outre, dans ce climat torride, la tendance vestimentaire étant plutôt aux T-shirts, 'marcels' et autres débardeurs, on peut exhiber généreusement et sans vergogne sa décalcomanie tégumentaire. Et c'est bien connu, à Pattaya, chez les Occidentaux, on se lâche! Un peu trop parfois, et ce n'est pas toujours du meilleur goût, d'autant plus que, sur ce plan-là également, les Thaïlandais pourraient nous donner des leçons.
            En effet, le tatouage est une vieille coutume bouddhico-siamoise, hérit
ée, entre autres, de l'hindouisme via la civilisation khmère (i.e. du Cambodge voisin). Le célèbre [naturaliste britannique] Darwin faisait d'ailleurs remarquer dans ses ouvrages (dont 'De l'origine des espèces par voie de sélection naturelle, 1859) qu'il n'existe aucun peuple au monde qui ne connaisse cette pratique remontant à l'aube de l'humanité et évoluant sans cesse avec les sociétés.

            N'ayons pas peur des clichés: il existe autant de tatouages différents que d'individus tatoués. Au cours du temps, le tatouage a évolué d'un signe d'intégration (ou d'exclusion !) sociale vers une fonction plus exclusivement artistique et esthétique. Aujourd'hui encore, il peut être un indice du groupe d'appartenance, même s'il ne fait plus partie des pratiques sociales et culturelles courantes.

            Et si l'on devait énumérer certains des avantages que recherchent les tatoués, on pourrait citer: séduction*, respect, prospérité, force, invulnérabilité… Et naturellement, pour les bouddhistes siamois, notamment, il y a aussi une dimension religieuse, que l'on peut taxer de 'spirituelle' si l'on y croit, ou de 'superstitieuse' si l'on trouve cela puéril. Et de fait, nombre de tatoueurs laïques (thaïlandais) apprennent leur métier dans les temples (comme d'autres s'y familiarisent avec le massage thérapeutique).


(Photo: Brent T Madison)

            Il faut dire qu'en Asie du Sud-Est plus qu'ailleurs, nos valeurs judéo-chrétiennes peuvent être facilement 'ébranlées' par des comportements pour le moins atypiques: de même que l'on trouve des 'phallus porte-bonheur' (généralement en bois), grandeur nature, bénis et vendus le plus sérieusement du monde dans des sanctuaires bouddhiques très fréquentés, on peut aussi se faire tatouer par des moines (eux-mêmes tatoués) qui sont les honorables dépositaires d'une tradition scrupuleusement transmise de maître à disciple (alors que la Bible stipule, dans le Lévitique [chap. XIX, verset 28] : "Vous ne ferez pas d'incision sur votre chair").


(Photo: Brent T Madison)

            L'exemple le plus connu est celui du Wat [temple] Bang Phra, à Nakhon Pathom, situé environ 50 km à l'ouest de Bangkok. Tous les ans, début mars, il s'y tient un rassemblement qui attire, entre autres fidèles, des milliers d'individus plutôt louches (des personnages interlopes !), venus se faire tatouer par mesure de protection.


(Photo: Brent T Madison)

            Car en Thaïlande, les 'durs' n'en sont pas moins bigots et ils recherchent donc la bénédiction des bonzes reconnus comme ascètes de haut niveau, car on prête à leurs tatouages des pouvoirs magiques.

(Photo: Raymond Vergé)

                 On se fait graver par leurs soins des stances en vieux khmer, des formules sacrées (ou mantras) issues du sanskrit-pali, des mandalas (représentations géométriques et symboliques de l'univers), on se fait dessiner des pagodes et des stoupas (reliquaires) forcément sacrés, des créatures mythologiques comme Hanuman (le dieu-singe) ou Ganesh (à la tête d'éléphant), et même tout simplement le 'bestiaire illustré', i.e. des tigres, des oiseaux, des dragons…

(Photo: Raymond Vergé)

            Pour ce qui est de l'encre utilisée, il est question bien sûr de suie, mais aussi de venin de serpent, d'herbes rares et d'autres ingrédients plus confidentiels encore. Mais afin que la magie continue d'opérer, le 'récipiendaire' se doit de manifester une dévotion quotidienne à son tatouage et à son tatoueur. Une visite au temple lui est conseillée une fois l'an minimum,  pour réactiver/réactualiser ses 'mérites'. Il est aussi tenu de suivre les préceptes du bouddhisme s'il veut vraiment profiter de sa 'marque' indélébile, ce qui n'est pas toujours facile quand on vit d'expédients…

            Les grands initiés affirment d'ailleurs que si tel ou tel tatouage supposé arrêter les balles (ou les coups de couteau) s'est révélé inefficace, c'est manifestement parce que le tatoué n'avait pas suivi tous les rites et que donc, par conséquent, sa mort par arme à feu (ou par arme blanche) n'a rien d'étonnant. Par contre, s'il échappe à ses agresseurs, c'est bien grâce aux pouvoirs spirituels de son vénérable yogi-tatoueur. Cela participe d'une logique absolument imparable.

(Photo: Raymond Vergé)

            Mais à Pattaya, il n'y a pas que les mauvais garçons qui se font tricoter l'épiderme, les 'fières amazones' aussi, et pour des raisons plus décoratives. Ça sent quand même le marketing car le produit est bien emballé. La grande mode, depuis deux ou trois ans, c'est le dessin 'tribal' (maori ?) qui couvre tout le bas du dos. Il se porte très bien sous un 'jean' taille basse et un t-shirt minimaliste; voluptueusement posé sur la selle d'une grosse cylindrée, c'est la diversion idéale pour tromper l'attente à un feu rouge : on ne voit pas le temps passer !

(Photo: Raymond Vergé)

            Il est vrai qu'aujourd'hui, l'esthétique prime sur la tradition mais elle l'entretient donc aussi: par exemple, on voit de plus en plus, sur les bras et les jambes de la jeune génération (toutes races confondues), des motifs directement empruntés aux tatouages des îles Marshall (Océanie-Micronésie, Pacifique) représentant des lignes brisées, barbelées ou crénelées.

            D'ailleurs, le mot "tatouage" vient du polynésien tatau, "dessin et/ou esprit". L'expression serait le redoublement de la racine ta, "frapper, faire une incision". Le Capitaine Cook [célèbre navigateur britannique!], grand découvreur de la Polynésie (1768-1771, à bord de son navire l'Endeavour), et son chroniqueur Banks, notent le terme en le transcrivant tattow dans les récits de voyage aux îles de la Société en 1772, et tattoo dans le compte rendu de circumnavigation de 1776 (cité par Malvina HYBERTIE dans 'LE TATOUAGE: MARQUAGE SOCIAL DE L'INDIVIDU?' - Dossier de licence de psychologie, 1998).


            Ce mot entrera par la suite au dictionnaire de la langue française en 1778, l'année où notre Capitaine Cook découvrit les îles Sandwich (Hawaii); il y fut tué par les indigènes, à 51 ans... In memoriam !

Raymond Vergé


Voir les magnifiques photos de Cédric Arnold

(Wat Bang Phra Tatoo Festival):

http://www.realfeatures.com/recent/tattoofest/tattoo.htm



«Bruno tatoue pour plaire»: boutade favorite du fameux 'Bruno de Pigalle' qui a ouvert le premier studio de tatoueur à Paris, en 1963.


Pattaya City - Transportation around, within and out of Pattaya

http://www.pattayacity.com/transport.html



Article ajouté le 2008-03-15 , consulté 1132 fois

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