Philippe Seur, le «French Doctor» de Pattaya
Où que ce soit dans le monde, et a fortiori en Thaïlande, il n'est pas toujours aisé de suivre avec exactitude l'évolution globale d'une pandémie comme celle du Sida. Pourtant, sur le terrain, à l'échelle locale (et humaine !), les acteurs (du latin actor, «celui qui agit»), pour ne pas dire «activistes, militants, combattants» (…), sont les plus à même d'en restituer une image fidèle à la réalité.
Le docteur (français) Philippe Seur fait partie de ces «croisés» qui peuvent nous donner avec autorité des «nouvelles du front», sans fioritures ni complaisance et avec une belle lucidité car nourrie au miel de la générosité. C'est un de ces marginaux étrangers et inclassables (!) profondément enracinés dans l'humus siamois et irréversiblement incorporé dans le tissu social thaïlandais.

[Le Dr. Philippe persuade un malade de la nécessité du traitement]
Pour mémoire, rappelons que, selon des sources fiables, il y aurait dans le royaume plus d'un million de personnes contaminées par le virus HIV. Mais paradoxalement, la station balnéaire de Pattaya, connue et même célèbre pour son «commerce de proximité», n'est pas plus frappée par ce fléau que le reste du pays. Tout simplement parce que les «travailleurs et travailleuses» sont fortement sensibilisés (par leur encadrement) et formés à se prémunir contre le risque, en tous cas beaucoup plus que dans les campagnes où la population n'est pas encore suffisamment informée (et paie donc le plus lourd tribut à cet exécrable envahisseur).
Toujours est-il que, malgré les efforts consentis récemment par les services publics, toute personne touchée par la maladie se trouve fort démunie… Et cela était encore plus vrai il y a quelques années, lorsqu'il n'y avait aucune structure d'accueil pour prendre en charge ces patients atypiques. C'est dans ce contexte que le Dr Philippe Seur est arrivé sur le «terrain», après avoir passé une douzaine d'années en Arabie Saoudite comme responsable médical d'une compagnie de construction employant quarante mille personnes. Comme beaucoup d'expats occidentaux travaillant au Moyen-Orient, il avait profité de ses congés pour venir «changer d'atmosphère» en Thaïlande et notamment à Pattaya. Il y est donc arrivé en touriste, louant même un modeste bungalow près de la plage pour pouvoir s'adonner à la navigation de plaisance. Loin de lui l'idée de devenir un médecin pour sidéens dans une ville qui incite plutôt à la dolce vita.
Mais en 1998, un ami lui présenta un jeune homme thaï qui était dans les premières phases de l'infection, avec ce que cela comprend de maladies appelées «opportunistes» comme la tuberculose, la pneumonie, la méningite, la rétinite... Confronté à cette grande détresse, ce fut la révélation. Le médecin nanti et insouciant avait trouvé son «chemin de Damas», paradoxalement, dans une ville que certains taxent de Sodome et Gomorrhe de l'Orient.
Ensuite, tout est allé très vite. Le coquet bungalow est devenu un dispensaire ouvert à tous. Il a fallu s'organiser. Le «mau-farang» (médecin occidental) s'est mis à apprendre le thaï, qu'il parle, lit et écrit désormais couramment. Et il est maintenant reconnu par ses pairs comme un des meilleurs spécialistes du sida œuvrant en Thaïlande.

Travaillant dès le départ en relation directe avec [madame] le Dr Jureerat Bowonwatanuwong de hôpital public de Chonburi, ils ont créé ensemble la fondation Heartt 2000 (au nom délibérément évocateur) dans le but de collecter des fonds et des médicaments pour aider ces patients pleins d'espoir qui arrivaient de plus en plus nombreux. Systématiquement enregistrés sur le PC du praticien français, il y en a eu à ce jour (avril 2008) plus de mille six cents (hommes, femmes, enfants, thaïs mais aussi occidentaux) à venir régulièrement en consultation (gratuite, faut-il le préciser).

[Avec le Dr. Jureerat lors d'un séminaire de formation de jeunes médecins thaïs]
Plusieurs centaines sont sous anti-rétro-viraux, ces médicaments qui empêchent la réplication du Virus VIH chez les personnes infectées, leur permettant ainsi d'avoir une vie quasi normale, voire de reprendre une activité professionnelle.

[Les malades sous traitement aident à distribuer les anti-retro-viraux
qui permettront de sauver d'autres vies]
Ceux qui en ont les moyens paient pour le traitement, les autres bénéficient du formidable élan de solidarité suscité par le Dr Philippe. Car lui-même soigne bénévolement et à plein temps, ayant mis une grosse partie des ses économies (prévues pour sa retraite) dans l'achat de médicaments distribués aux malades indigents.
Fort heureusement, à Pattaya (et même à l'étranger) d'autres associations ont pris le relais pour organiser des collectes, sachant que l'argent confié à la fondation Heartt 2000 sera bien utilisé pour les malades et dans la plus grande transparence.

[Dr Philippe Seur & Mr 'Pattaya Gay Festival', 1er decembre 2004]
Avec une moyenne de trois nouveaux patients par jour, les besoins augmentent sans cesse. Parmi les sponsors les plus importants, le Pattaya Gay Festival (PGF) fait figure de bailleur de fonds extraordinaire, à hauteur de deux cents mille bahts par mois.

[Préparation de la parade du Pattaya Gay Festival, décembre 2004]
Depuis huit ans, cette communauté internationale organise des manifestations caritatives dont la plupart sont destinées à aider Heartt 2000, dont le nom, soit dit en passant, est l'acronyme de «Help Ensure Aids Rescue Together in Thailand» (Aidons Ensemble à Sauver les Personnes Atteintes du Sida en Thaïlande).
Le 1er décembre 2004, dans le cadre de la journée mondiale contre le sida, la municipalité de Pattaya a organisé un défilé intitulé «Walk for Life» (Marche pour la Vie) afin, d'abord et surtout de mettre l'accent sur la prévention, notamment auprès des jeunes. Car vingt ans après l'apparition de ce terrible fléau, il s'est installé une sorte de banalisation et on a tendance à minimiser le problème, ce qui fait que la pandémie ne diminue pas, bien au contraire. Suivant son exemple, les malades suivis par le Dr Philippe ont créé leurs propres associations d'entraide, appelées «Yellow Rose» à Pattaya et «Saeng Songjai» (Lumière du Cœur) à Chonburi. Cela prouve bien que le sida n'est plus tout à fait synonyme de condamnation à mort, à condition que l'on reste mobilisé et des personnalités comme celles du «French Doctor» de Pattaya sont là pour nous en faire prendre conscience.
Raymond Vergé

Dr Philippe Seur
Mob: 081.920.12.18. (or 66.81.920.12.18. from abroad )
Tel/Fax: 038.252.920. (or 66.38.252.920. from abroad )
ADSL: philippe.seur@gmail.com (main e-mail address),
"HEARTT 2000" [Help Ensure AIDS Rescue Together in
1,698 Patients with HIV-AIDS seen / helped since December 1998
till 23 December 2008
…receiving Patients: Mon, Tue, Thu, Fri: 14-16.00 & 18-20.00 PM,
except on Thai public holidays / some congresses…

Les entreprises restent fermées aux malades du Sida
Statistiquement, dans une entreprise de 500 personnes, il y a au moins un salarié séropositif. Nombreux sont les malades qui préfèrent cacher leur état à leur hiérarchie pour éviter une discrimination encore trop présente. Pour comprendre les mécanismes de peur qui bloquent encore l’intégration des malades, 25 ans après la découverte du virus, Sidaction se mobilise. En partenariat avec le Centre des jeunes dirigeants d’entreprise (CJD), l’association a monté le projet « Emploi-VIH, regards croisés ». Ou comment le théâtre permet d’actionner les leviers de la non-discrimination.
L’étude ATLIS (AIDS treatment for life international survey), publiée lundi 9 février, montre que la gêne liée à l’évocation du Sida ne faiblit pas. Cette enquête a été menée en mai 2008 auprès de 3000 séropositifs de 18 pays, avec l’aide de l’Association internationale des médecins engagés dans la lutte contre le Sida (IAPAC). Parmi les malades qui ne souhaitent pas révéler leur séropositivité (54% des personnes interrogées), 83% ont peur des discriminations sociales liées à leur état. 36% estiment par ailleurs que l’annonce de leur maladie pourrait avoir des conséquences allant jusqu’à la perte de leur emploi.
Une image négative et tenace de la séropositivité
Selon Sidaction, 45% des porteurs du VIH se situent hors des circuits de la formation et de l’emploi. A la suite de ce constat, l’association a créé la Mission emploi, en octobre 2004. Son rôle est d’accompagner et de financer des projets d’insertion, de maintien ou de retour à l’emploi des personnes séropositives. En 2008, 300000 euros ont été distribués par Sidaction à 13 associations en France, qui accompagnent environ 400 personnes. « Mais le relais financier doit être pris par les collectivités publiques » estime Nathalie Pierret, coordinatrice de la Mission emploi à Sidaction.
Dans le cadre de la Mission emploi, Sidaction a réalisé que, malgré 25 ans de campagnes, le regard de l’entreprise envers les malades n’évoluait pas. « Le tabou sur le sujet est insupportable. Nous avons décidé d’ouvrir le gros chantier sociétal pour renverser la situation » se souvient Nathalie Pierret. Le soutien aux séropositifs ne suffit plus : il faut s’attaquer aux idées reçues qui persistent. Pour identifier les peurs, souvent irrationnelles, l’idée originale du Théâtre-forum est née. « Il fallait trouver un moyen de faire se rencontrer le milieu du Sida et celui de l’entreprise » raconte Fabrice Pollet, directeur de Pollet Peinture, entreprise de peinture en bâtiment, et membre du comité d’experts de la Mission emploi. « Pour décloisonner les milieux et nommer les problèmes rencontrés sur le Sida » insiste Nathalie Pierret.
Un outil pour nommer et comprendre les peurs
La première expérience de Théâtre-forum s’est déroulée à Orléans, en deux représentations, avec la participation du CJD d’Orléans et du Réseau ville-hôpital d’Orléans. Sur une scène de théâtre, se retrouvent séropositifs, DRH, infirmières, chefs d’entreprises, assistantes sociales, médecins du travail, employés, associations, etc. En s’inspirant de situations réelles, ils jouent des saynètes où les malades se retrouvent confrontés à des situations délicates en entreprise : discrimination à l’embauche, regard des autres salariés, peur de la contamination, rejet, questionnement. « Le Théâtre-forum dédramatise les situations et bouscule les gens » raconte Fabrice Pollet. La pièce est interactive, et peut être interrompue à tout moment par le public.
L’expérience a soulevé d’énormes questions chez les participants, mais n’a pas toujours eu l’effet positif escompté. « Certains chefs d’entreprise nous ont avoué avoir changé de vision mais n’être toujours pas prêt à embaucher un séropositif » regrette Nathalie Pierret. Le Théâtre-forum a montré aux dirigeants pourquoi l’intégration d’une personne malade dans l’entreprise n’est pas anodine, mais comment elle est possible. Il apprend aussi bien aux salariés malades qu’aux employeurs comme gérer la séropositivité. Fabrice Pollet raconte l’histoire d’un DRH confronté à un cas de dénonciation anonyme de la séropositivité d’un salarié. « Il a su en parler avec l’employé concerné, lui dire que cela resterait entre eux deux, le rassurer. Deux mois plus tard, le salarié a parlé spontanément de sa séropositivité au sein de son entreprise ».
Vers un programme de formation dans les entreprises
« C’est un travail de fourmi qui permet de nommer les problèmes, et de réduire la vision erronée de la séropositivité » explique Nathalie Pierret. Le Théâtre-forum est-il la solution aux problèmes que rencontrent les porteurs du VIH dans le cadre de l’entreprise ? Assurément pas. « C’est un levier, pas une fin en soi » estime la responsable de la Mission emploi. A Orléans, un comité de pilotage a été créé pour réfléchir sur un programme de formation des employeurs. Par ailleurs, l’expérience orléanaise a donné lieu à un film* qui pourrait devenir un outil de communication sur le sujet, notamment auprès des plus grandes entreprises.
Communiquer auprès des entreprises, mais également auprès de l’Etat. « On pourrait, on devrait travailler avec les conseils généraux, régionaux, les caisses d’assurance maladie » regrette Fabrice Pollet. Malheureusement, selon Nathalie Pierret, les autorités pensent que la situation des séropositifs s’améliore grâce à la généralisation des tri-thérapies, et ne considèrent pas leur situation sociale. En attendant un mouvement national, les régions se mobilisent. Le deuxième volet de l’expérience, à Marseille, promet d’être « un événement choc pour pousser les personnes concernées à se rencontrer » selon Fabrice Pollet, avant peut-être un troisième épisode à Lyon. Nathalie Pierret est convaincue que « c’est le rayonnement de chaque personne qui a des connaissances sur la maladie qui changera la vision globale du Sida ».
* « DRH et HIV » d’Antoine Tracou. Disponible en DVD auprès de l’association Sidaction
| Rouba Naaman Mis en ligne le : 18/02/2009 © 2009 Novethic - Tous droits réservés |




Commentaires
voyageurasie site : http://voyageurasie.canalblog.com/ | le 29/03/2008 à 06:07:58magnifique travail complementaire de l'orphelinat de Pattaya
admirables ces soldats de l'ombre
merci pour cet article
cordialement
robert
Manu le 05/04/2008 à 11:49:15
C'est avec respect que je m'incline devant le travail de cet homme qui redonne de l'espoir aux personnes atteintes par ce terrible mal au pays du sourire....
Merci pour eux