Anniversaire Royal: 81 ans le 5/12/08


Sa Majesté le Roi Bhumibol Adulyadej (prononcer Phumiphon Adoulyadet) est né le lundi 5 décembre 1927, au Mount Auburn Hospital de Cambridge, Massachusetts, U. S. A., troisième et dernier enfant de Son Altesse Mahidol, Prince de Songkhla, et de la Princesse Sri Sangwan.

Le Prince Mahidol (frère cadet du Roi Prachadhipok et fils du grand roi Chulalongkon, Rama V)  était en train de terminer ses études de médecine à l'université de Harvard. Il devait mourir à Bangkok 2 ans plus tard (le 24 septembre 1929) d'une complication rénale, après avoir initié la modernisation de la profession médicale en Thaïlande.

Son épouse, elle-même infirmière formée au Simmons College de Boston (Massachusetts), se retrouvait veuve à 29 ans. En 1933, elle obtint de partir en Suisse avec ses trois enfants (Ananda, Galyani et Bhumibol) et toute la famille s'installa dans un appartement, à Lausanne, au 16 de l'avenue Tissot.

          La raison principale de ce long séjour au bord du lac Léman était d'y soigner la santé fragile du prince Ananda Mahidol, héritier en titre de la couronne.

          Les évènements allaient s'accélérer puisque le 2 mars 1935, le Roi Prajadhipok (c.a.d."Lumière du Peuple") [Rama VII], abdiqua, trois ans après le coup d'état qui avait transformé, en douceur et sans effusion de sang, la monarchie absolue, vieille de sept siècles, en monarchie constitutionnelle. Le gouvernement et toutes les «forces vives» de la nation thaïe demandèrent à la princesse-mère de leur donner son fils, Ananda, comme nouveau souverain, même s'il était encore trop jeune pour monter sur le trône.

          Forte de ce statut royal, la famille emménagea dans une résidence plus cossue, à Pully, une ville voisine (canton de Vaud).

          C'est ainsi que le jeune prince Bhumibol Adulyadej devint élève de l'École Nouvelle de la Suisse Romande à Chailly sur Lausanne, et qu'il obtiendra son baccalauréat au lycée (appelé Gymnase Classique Cantonal) de Lausanne.

          Il s'apprêtait ensuite à intégrer l'Université de Lausanne pour y suivre des études scientifiques, lorsque, le 9 juin 1946, à Bangkok, survint le décès de son frère aîné, Ananda Mahidol, le [déjà] Roi Rama VIII, un an à peine après son retour en Thaïlande, trouvé mort dans sa chambre, à l'âge de 21 ans, tué par un mystérieux coup de feu dans la tête (officiellement: en jouant avec son arme personnelle).

            Pour la seconde fois en dix ans, Le gouvernement et toutes les «forces vives» de la nation demandèrent à la [désormais] reine-mère de leur donner son autre fils, Bhumipol, comme nouveau roi, même s'il était encore trop jeune (lui aussi) pour monter sur le trône.

          S'en suivirent cinq années de régence pendant lesquelles le jeune souverain acheva ses études en Suisse, dans le domaine des Sciences Politiques (cette fois) afin de se mieux préparer à la fonction royale.

          En 1947, alors qu'il était en visite en France, et plus précisément au château de Fontainebleau, il rencontra Mom Rajawongse Sirikit, fille de l'ambassadeur de Thaïlande à Paris. Ils se fiancèrent deux ans plus tard, le 19 juillet 1949 et la future Reine Sirikit, qui apprenait alors la musique classique à Paris,  s'en vint (ou s'en alla) poursuivre ses études à "Riante Rive", un prestigieux pensionnat lausannois.

          Puis, le 24 mars 1950, les fiancés retournèrent à Bangkok et la cérémonie de mariage eut lieu le 25 avril suivant. Le peuple thaï était en liesse : cela faisait quinze ans (depuis l'abdication de Rama VII) qu'il n'y avait pas eu de couple royal au Grand Palais.


          Une semaine plus tard (i.e. le 5 mai 1950), la cérémonie du couronnement se déroula en grandes pompes.

          «Nous régnerons avec l'aide du Dharma (la Loi, l'enseignement bouddhique) pour le bien et le bonheur du peuple siamois».

          Telle fut la promesse solennelle (et traditionnelle) que fit le roi Bhumibol Adulyadej (Rama IX) après avoir posé sur sa tête la couronne d'or de la dynastie des Chakri.

          Son nom, d'origine [forcément] sanskrite, qui lui avait été donné par son oncle le Roi Prachadhipok, se traduit par "Protecteur de la terre, glorieux et sans pareil" et il s'en est montré fort digne depuis son accession au trône, puisque, avec la Reine Sirikit, il n'a pas cessé de veiller au bien-être de ses sujets.


          Passent les gouvernements et leurs Premiers Ministres, le roi demeure toujours égal à lui-même. Il est le phare de la nation, puisant son propre "combustible" dans un sens inné du dévouement et dans un engagement sans faille, voyageant régulièrement aux quatre coins du royaume de façon à s'informer des problèmes de son peuple en étudiant les situations directement sur le terrain.


Remarque conclusive: depuis la révolution "pacifique" de 1932, la Thaïlande a eu 25 Premiers Ministres, 55 Gouvernements, et la Constitution a été modifiée 16 fois. D'une part, le rôle de l'armée reste déterminant et quelque 19 coups d'états, effectifs ou avortés, ont, à des degrés différents, perturbé l'évolution politique, mais sans freiner le développement socio-économique.

D'un autre côté, bien que ses pouvoirs soient limités par la constitution, le couple royal continue d'avoir, pour la nation, un effet éminemment fédérateur, donc stabilisateur. Force est de constater que le respect et l'amour du peuple thaï pour le roi et la reine sont sans doute plus profonds que jamais. Longue vie à Leurs Majestés.

Raymond Vergé



Article publié sur le site du Figaro
(Attention: le passage sur la filiation du roi,
notamment, comporte des erreurs
)

http://www.lefigaro.fr/actualites/2008/08/23/01001-20080823ARTFIG00057-bhumibol-de-thailande-roi-richissime-mais-fragile-.php

Bhumibol de Thaïlande,
roi richissime mais fragile 

François Hauter - 22/08/2008 | Mise à jour : 20:30 | Commentaires 16
.
(AP)

(AP) Crédits photo : ASSOCIATED PRESS


Vénéré comme un demi-dieu par ses sujets, le roi de Thaïlande, Bhumibol Adulyadej, s'impose cette année la 62e de son très long règne comme la tête couronnée la plus riche du monde.

La « ferme » de Kamnun Chul Cunvong, dans le nord de la Thaïlande, à Phetchabun, est une bien curieuse ferme, puisqu'on y cultive sur 2 500 hectares le mûrier et que jour et nuit, dans des usines, des machines embobinent la fibre longue et précieuse des vers à soie, avant de l'expédier vers les meilleurs fabricants de kimonos du Japon. Devant le siège social du conglomérat de la famille Cunvong, trône un bulldozer jaune. Un bulldozer sacré. Car le roi Bhumibol, un jour, il y a très longtemps, a rendu visite à Kamnun Chul Cunvong et offert l'engin à la famille, qui en avait besoin pour défricher. Depuis trente ans, les Cunvong et leurs milliers d'employés fêtent ce don. Ils s'inclinent profondément devant le bulldozer. Le souverain, le courage de cette famille et la prospérité de la région forment un tout, indissociable.

Il en est ainsi de la Thaïlande, de ses 62 millions de sujets, et du roi. Dans notre société française qui depuis deux cents ans a oublié sept siècles de monarchie, c'est parfois difficile à comprendre, mais un grand roi peut mener son pays à la prospérité.

La Thaïlande, qui déjà envoyait des délégations diplomatiques à Versailles au temps de Louis XIV, s'est follement enrichie depuis que le règne de Bhumibol Adulyadej a commencé, il y a soixante-deux ans.

Lorsque le roi a été intronisé le 9 juin 1946, avec son regard si timide caché derrière de grosses lunettes, sa monarchie n'était plus que de parade, réduite à néant ou presque. Comme ses aïeux, cet homme d'apparence simple et réservée a encouragé les paysans à développer un système d'irrigation sophistiqué. La Thaïlande est devenue le principal exportateur de riz dans le monde. Le pays n'a pas raté non plus son industrialisation. Entre la Birmanie, le Laos, le Cambodge et la Malaisie, il est devenu la seconde puissance économique d'Asie du Sud-Est.

Aujourd'hui, dans cette Thaïlande devenue un îlot de prospérité et de stabilité régionale, Bhumibol Adulyadej est la pierre d'angle et le rassembleur de son peuple. À Bangkok, les généraux et les premiers ministres passent : depuis 1946, la Thaïlande a connu dix-huit coups d'État, vingt-sept premiers ministres, seize Constitutions. Le roi demeure. Le 9e descendant de la dynastie Chakri (fondée en 1782), grand chevalier de l'Éléphant Blanc, sous ses allures si frêles, est un stratège impitoyable, tenace. Inflexible.

Dans tous les domaines politiques et financiers , il s'est donné les moyens en six décennies de restaurer la puissance de la monarchie et d'imposer ses vues. Dans la vie publique, sa parole est rare, voire exceptionnelle ; le souverain, même par ses silences, sait défaire les carrières de ceux qui lui déplaisent. Il en a acquis les moyens de pression les plus discrets, également : la fortune de la monarchie lui confère un rôle central dans les cercles d'affaires. Vénéré par tous, il se passionne spécialement pour les paysans, qui constituent 63 % de la population. Ils le lui rendent bien : ils célèbrent leur roi comme un dieu, jettent sous ses pas des carrés de tissu qui deviendront des reliques sacrées.

La constance, l'opiniâtreté, quelques idées simples et une bonne dose de chance font les grands destins. Bhumibol a eu la chance de ne pas avoir une enfance dorée. Il a grandi dans l'exil de sa famille, les drames et la déconfiture de la monarchie. En 1932, les généraux et les hauts fonctionnaires à Bangkok décident de renverser le vieux régime, pour le transformer en monarchie constitutionnelle. Ils ne lui laissent aucun pouvoir, sinon un article punissant de mort quiconque critiquera le roi. Bhumibol a 4 ans et son frère aîné, Ananda Mahidol, l'héritier du trône, 7 ans. En 1935, leur père, le roi Prajadhipok, abdique. Mahidol a 10 ans et, avec son frère, il poursuit ses études en Suisse, sur les rives du Léman. Il est traditionnel dans les grandes familles thaïes de donner une éducation internationale aux enfants, car l'ancien Siam est depuis sa fondation ouvert aux influences extérieures. « Bhumibol était charmant, fort discret », se souvient l'un de ses camarades d'études à l'université de droit de Lausanne. En 1945, le frère aîné rentre à Bangkok où il doit être couronné. Six mois plus tard, le prince héritier est retrouvé sur son lit, au cœur du palais royal, assassiné d'une balle de Colt dans la tête (1). Bhumibol est désigné comme le futur roi, puis couronné sous son nom, qui signifie « force de la terre et pouvoir inégalé ».

Habilement, l'une de ses premières décisions sera de durcir le protocole royal. On ne regarde pas le souverain. On se prosterne à ses pieds. Ce cérémonial anachronique et méticuleux, associé au dosage subtil de ses apparitions, va créer sa légende, celle de l'unique personnalité incarnant l'identité nationale. Le portrait du souverain est placardé partout. Il n'entretient ni cour ni noblesse, puisqu'en Thaïlande il n'y a qu'une seule famille, celle du roi. Bhumibol ne rit jamais. Il est très conservateur. Bouddhiste fervent, il se montre humble et vit simplement il impose au palais un riz de la plus ordinaire qualité et entretient ainsi la dévotion dont il est l'objet. On ne lui connaît qu'un seul passe-temps : le saxophone. Il ne voyage jamais à l'étranger (à l'exception d'un déplacement au Laos), mais sillonne son pays. En 1973 et en 1992, il se manifeste lorsque la fragile démocratie thaïlandaise menace de s'effondrer. Son prestige,

dans la tourmente politique locale, ne cesse de croître. Son discours annuel prononcé chaque 5 décembre le jour de son anniversaire, est attendu comme l'événement politique de l'année.

Les révélations du magazine Forbes viennent déchirer ce tableau idyllique. Hier, le gouvernement thaïlandais les a démenties, en précisant que les chiffres de la revue américaine incluaient les actifs d'une structure financière baptisée Crown Property Bureau, qui n'appartenait pas en propre au roi, mais à la monarchie, c'est-à-dire au pays.

La fortune de la monarchie est en effet principalement rassemblée dans cette structure. Ses fonds sont investis dans des conglomérats représentants 7,5 % des actifs boursiers du pays, selon Bloomberg. Il y a là 30 % de Siam Cement Group, 21 % de Siam Commercial Bank, 87 % de Deves Insurance et, à l'étranger, 87 % du groupe hôtelier Kempinski. La monarchie possède des palais dans l'ensemble du pays, mais aussi 5 260 hectares de terrains, dont 1 214 hectares dans Bangkok. Or, un seul hectare dans la capitale peut valoir jusqu'à 74 millions de dollars. En Thaïlande, dix-neuf des vingt plus grands groupes industriels sont contrôlés par des familles sino-thaïes, et il ne fait aucun mystère que la famille royale, qui a elle-même du sang chinois, est très proche de ces clans acquis au roi (2).

L'embarras du Palais devant ces révélations américaines est palpable, car le souverain mène depuis plusieurs années une campagne, discrète mais limpide, contre l'autre homme le plus riche du pays, qui concurrençait sa popularité : l'ancien premier ministre Thaksin Shinawatra, désormais exilé à Londres et menacé de perdre ses avoirs de 2,2 milliards de dollars en Thaïlande.

Tout oppose le souverain à M. Thaksin, qui avait été élu en 2001. Autant le roi joue la mesure, autant l'ex-premier ministre était une sorte de populiste à la mode Berlusconi. Protecteur des minorités, le roi avait détesté voir Thaksin employer la manière forte contre les musulmans du sud du pays. Sur le plan économique, le roi exhorte les paysans à ne pas s'endetter, à rester « autosuffisants ». C'est le contraire de ce que prônait le premier ministre, qui avait voulu faire entrer le monde rural dans la mondialisation.

En septembre 2006, avec la bénédiction du souverain, les militaires ont renversé Thaksin. Mais sitôt la démocratie rétablie, les partisans de Thaksin furent triomphalement réélus ! Les informations de Forbes tombent donc au pire moment pour Bhumibol, affaibli par une douloureuse maladie, accusé par beaucoup d'avoir affaibli la démocratie, et dont le fils aîné est détesté par le peuple, tant il a accumulé de frasques minables. Il ne manquait plus que ces 35 milliards de dollars pour semer le doute dans l'esprit des Thaïlandais : un roi juste et bon peut-il également être l'un des hommes les plus riches du monde ?


François Hauter - 22/08/2008 | Mise à jour : 20:30 | Commentaires 16


(1) Trois hommes seront condamnés à mort et exécutés pour cet assassinat en 1955. Mais la disparition de Mahidol demeure une énigme. (2) Des études indiquent que 78 % des parlementaires thaïlandais sont d'origine chinoise, et que 70 % à 80 % du produit intérieur brut du pays sont créés par des entreprises appartenant à des Sino-Thaïs.

 



Article ajouté le 2008-04-06 , consulté 158 fois

Commentaires


David le 10/04/2008 à 09:56:21
Intéressante biographie.
"Force est de constater que le respect et l'amour du peuple thaï pour le roi et la reine sont sans doute plus profonds que jamais." : toute personne qui est allée en Thaïlande a pu le constater, mais c'est un mystère qui mériterait d'être éclairci...dans un prochain article?
Philippe le 19/08/2008 à 04:37:05
Merci Manao pour cet excellente biographie
Christian le 03/09/2008 à 20:57:59
Merci au Président d'Ensemble et à François Hauter pour ce portrait du roi de Thaïlande dans le cadre de son prochain anniversaire. Sachons aussi que la Thaïlande est à la présidence de l'ASEAN (ou ANASE = Association des nations de l'Asie du Sud-Est) en cette année 2008.

Poster un commentaire





http://





Merci de recopier le nombre présent à gauche dans la case de texte ci-dessous ( Pourquoi ? )





Liens

Voir les articles de la catégorie " Portraits "

Afficher une version imprimable de cet article
Retour aux articles