Bouddhisme et transsexualité

      

          Le 1er juillet dernier [2010] a été inauguré à Pattaya, dans un quartier ‘classe moyenne inférieure’, le bureau de HON (Health and Opportunity Network), un centre d’accueil pour transsexuels séropositifs, avec l’assentiment du voisinage qui ne semble pas s’en émouvoir outre mesure. La cérémonie fut une bonne occasion d’observer un échantillonnage de la société thaïlandaise en pleine interaction.

          Il est 10h du matin. Suivant un scénario immuable, les moines (neuf, comme les Compagnons de la chanson, ironisait un ami suisse) débarquent d’un taxi collectif pour s’installer dans la pièce principale, sur des nattes posées à même le sol, le long du mur, et commencent à psalmodier leurs versets en langue pâli, s’étant au préalable reliés les uns aux autres par un fil de coton blanc attaché à une statuette du Bouddha.

          L’ambiance est au recueillement. L’assemblée des fidèles communie pieusement. Outre les deux directrices du centre d’accueil et leur équipe [d’une dizaine] de transsexuels salariés, la plupart sont des travailleurs sociaux [d’autres organisations locales] venus par respect et solidarité. Moyenne d’âge: 25/30 ans. Beaucoup ont aidé à la préparation du repas qui sera pris en commun.

          Après que les mantras ont copieusement résonné dans la maison, le moine ‘principal’ bénit les lieux et les personnes en les aspergeant d’eau lustrale, à l’aide d’un petit balai sans manche, constitué d'un faisceau de brindilles.

          Puis, dans une coupelle, il prépare une pâte blanche et parfumée, à base d’éléments organiques, afin de dessiner, au-dessus du linteau de la porte (côté extérieur), des figures pyramidales encapuchonnées de feuilles d’or, le tout visant à établir dans les locaux la force du Sirimongkon ou équanimité dans le malheur comme dans le bonheur. Pour ce faire, l’«abbé» est assisté de deux transsexuels (au visage transfiguré par la ferveur religieuse) qui lui servent d’enfants de chœur. La scène est touchante et difficile à imaginer en terre chrétienne ou en pays musulman.

          Autre point fort du rituel: l’espace d’un instant, tous les participants, assis les pieds sous le postérieur, les yeux clos, baissant la tête, se sont touchés du bras droit en récitant des litanies à l’unisson.

          Détail cocasse: afin de se concilier ses bonnes grâces, on offre systématiquement à l’esprit des lieux (le Jao-Thi) des aliments, tels que du canard, du poulet, du poisson, du porc, du riz (forcément!), des sauces, des sucreries, des fruits, des fleurs (savamment tressées et arrangées), mais aussi du ‘ouisseki’ (Johnny Walker Red Label), de l’alcool de riz (40º) et de l’eau, des cigarillos et des chiques de bétel. Le tout (planté de bâtonnets d’encens) est disposé sur une table le temps de la cérémonie et sera ensuite distribué (viandes et poisson étant cuits) de préférence à des anciens qui n’ont pu être présents mais qui partageront et recevront ainsi la bénédiction en ingérant ces mets sacralisés.

          Pour clore la cérémonie, un repas est servi aux moines, pendant que l’assistance les observe avec bienveillance et reconnaissance. Puis, les hommes de robe repartent avec chacun un seau plastique couleur safran (symbolisant le feu de la purification spirituelle) rempli de produits de consommation courante (thé en sachets, lait en poudre, liquide vaisselle et autres articles ménagers).

          Enfin, tous les intervenants civils se retrouvent autour de nombreux plats aussi colorés qu’épicés et au milieu d’éclats de rire.

          Khun Thissadee est la femme orchestre de cette belle matinée. Agée de 35 ans, originaire de Phetchaburi et diplômée en sciences sociales, elle côtoie les malades du sida depuis plus de 10 ans: Chiangmai, Trat et enfin Pattaya. Elle a fini par se «spécialiser» dans les transsexuels qui, malgré la grande tolérance des bouddhistes, ne sont pas complètement acceptés en Thaïlande (à part ceux qui sont célèbres et nantis) parce que le Thaïlandais moyen ne comprend pas comment ils fonctionnent socialement et sexuellement.

          Elle reconnaît qu’il est difficile de changer le regard de la société sur ces marginaux pour la plupart désespérément en quête de reconnaissance. Elle martèle: «Ils n’y a pas plus de délinquants chez les transsexuels que dans d’autres groupes sociaux, même si à Pattaya on en parle souvent dans la rubrique des faits divers.» D’après elle, c’est simplement une logique mathématique: en hiver, on estime à plus d’un millier le nombre de transsexuels «faisant la saison» avant de repartir sous d’autres cieux aussi cléments.

          Elle-même homosexuelle décomplexée, elle s’est entourée d’une équipe de «transgenres» sérieux et motivés, plus à même de s’occuper de leurs «consœurs» en difficulté.

          Le dispensaire est modeste mais bien organisé: au rez-de-chaussée, bien sûr, le bureau d’accueil et une pièce arrière pour se relaxer, décompresser et partager un repas (très important: partager!). Et puis à l’étage, une salle de consultation pour les examens médicaux et les soins prodigués par une infirmière de l'hôpital de Banglamung, uniquement le lundi et le jeudi de 16h30 à 18h30, ainsi qu’une pièce qui servira pour la méditation et les séances d'aérobic.

          HON vient compléter les activités de SWING et Sisters, deux autres associations basées à Pattaya, fournissant conseils et soutien aux professionnel(le)s du sexe. Les choses ne sont pas faites à la légère: en février dernier, une étude a été menée pour évaluer les besoins et déterminer les conduites à tenir envers cette communauté à risque. Des organismes comme Pact Thailand, Onusida et PSI (Population Services International) fournissent l’aide financière et forment les travailleurs sociaux. 

Raymond Vergé

HON House

193/319 Moo 10 (Soï Rungland), 20150 Pattaya.

Tél.: 038 425 808

http://www.pactworld.org

http://www.unaids.org/fr/

http://www.psi.org/

COMPLÉMENT PHOTOS

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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PHOTOS PRISES PAR LE ''STAFF'' DE H.O.N. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Lire un article [en anglais] sur ce sujet:
Male Homosexuality and Transgenderism in the Thai Buddhist Tradition

Lire un article [en français] sur ce sujet:

J'aurais voulu naître femme...

Lire un article [en français] sur ce sujet:

Pattaya éclectique: Miss Tiffany's Universe 2010

Lire un article [en français] sur ce sujet:

LES KATOEYS, HISTOIRE D’UN TABOU THAILANDAIS

 

Lire un article [en français] sur ce sujet:

Kathoeys: le troisième sexe

Lire un article [en français] sur ce sujet:

Quelques réflexions pour établir la chronologie 
du "phénomène transsexuel": 1910-1995
 

 

Enquête exclusive - L'étonnant destin des transsexuels thailandais

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04/09/2010
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