Guy Joussemet, un "Mexicain" basé… à Jomtien

Le collectionneur franco-canadien Guy Joussemet passe à Jomtien une bonne partie de l'année. Il est l'un des donateurs du musée du quai Branly (Paris).

C'est même lui qui avait découvert la figurine chupícuaro (Mexique) devenue l'emblème de l'institution. Il a constitué entre 1960 et 1973 une exceptionnelle collection d'arts premiers, qui est aujourd'hui en grande partie dispersée. Entre deux avions, cet infatigable voyageur de (bientôt) 80 ans savoure sa vie de retraité sous le soleil de Siam.


Issu d'une famille de paysans, il passe son enfance à la campagne, dans l'évêché de Luçon (celui de Richelieu) en Vendée. Ayant devancé l'appel pour s'émanciper de son milieu social, il se retrouve cantonné près de Paris, au quatre-cent-unième d'artillerie anti-aérienne. A la fin des dix-huit mois règlementaires, il décide ne pas rempiler et fait ses demandes de visa pour l'Australie et le Canada. Ayant obtenu les deux à une semaine d'intervalle, il opte pour le Québec car, reconnaît-il, «cela supposait un voyage plus court, donc moins coûteux...». Après tout de même vingt-six heures de vol, il débarque à Montréal, à 20 ans, le 19 Janvier 1951, par -20°, «muni, comme Madame de Souza, d'une valise en carton... ».

Là, il trouve du travail immédiatement, dans une compagnie d'assurances, à négocier des plans de retraite et des rentes. Il se souvient: « Je ne savais pas très bien interpréter les clauses après la mort des souscripteurs. Pendant cinq ans, j'ai lu des testaments. Passionnant !». Plus tard, en 1956, il vend même des congélateurs aux Esquimaux, avec des plans d'alimentation, en plein mois de janvier. «C'était une escroquerie manifeste, mais j'étais prêt à tout pour survivre», avoue-t-il avec un sourire désarmant.

 

En 1958, un copain cinéaste lui apprend que Radio Canada (la télévision d'état) cherche un chef de service pour son «rayon des plaintes». Au Québec, la télévision avait déjà près de cinq années d'existence et une couverture quasi-totale de la province. Il fallait quelqu'un sachant assez bien écrire pour répondre au courrier des téléspectateurs. Choisi parmi plusieurs candidat, son embauche se joue sur une seule phrase : «Donnez-moi le job, il me restera à l'inventer». Et c'est le début d'une longue carrière.

Un an plus tard, le jeune fonctionnaire opte pour un voyage au Mexique, tout simplement parce qu'il avait «quinze jours de vacances, un sac a dos, soixante-dix dollars en poche et un billet d'avion...». C'est le coup de foudre, il y retournera plus de 150 fois en un demi-siècle, pour des séjours de plus en plus longs, dont deux années consécutives à Mexico. Très vite il se passionne pour les cultures précolombiennes et se spécialise dans la statuaire, devenant en particulier l'un des spécialistes d'une petite communauté préclassique du Michoacan, appelée Chupicuaro, avant d'en être un expert mondialement reconnu. Il l'explique tout simplement en déclarant «avoir eu cette incroyable chance de passer de paysan à intellectuel, sans m'embourber dans le sas de la bourgeoisie». Un miracle, d'après lui.

 

Responsable de la programmation-films à la télévision, président de la cinémathèque québécoise, il est, en 1974, nommé à Paris en tant que délégué de Radio Canada pour suivre l'activité de la Communauté des télévisions francophones, jusqu'en 1978, date à laquelle il passe au privé comme producteur exécutif de films et de séries. Ce qui l'amène à voyager à travers le monde: «Je suis allé dans plus ou moins cent pays! Mais ça ne veut rien dire! Tout change dans votre dos, à peine parti. Finalement, je n'en ai bien connu qu'un seul, le Mexique, surtout entre 1960 et 1970, parce que je l'ai parcouru dans des bus de troisième classe, allant là «où les ânes n'allaient pas». Le Mexique était alors un pays commençant là où les routes finissaient. Ce n'est plus le cas aujourd'hui!

En 1994, à Paris, il a présenté avec Olivier Barrot ('Un livre, un jour', sur FR3 et TV5) l'émission ''Apprenons à ne rien faire'', sur France Inter...

La raison qui l'a amené en Thaïlande? Tout simplement pour rendre visite à son ami Jean-Paul Britte (d'origine belge), qui fut son collègue à Radio Canada et administrateur de l'école nationale de théâtre à Montréal, et qui s'est installé à Pattaya depuis 15 ans pour y finir ses vieux jours.

Parlant de la ville elle-même, il reconnaît que ce n'est pas la plus belle de Thaïlande mais elle a taille humaine, le climat est agréable (en comparaison avec les hivers canadiens qui durent six mois) et insiste-t-il, «il y a ici une sécurité de vie que l'on ne retrouve pas ailleurs».

 

Sans oublier la qualité des produits frais qu'il trouve merveilleuse car il prépare lui-même ses petits plats et ne va pratiquement jamais au restaurant. Il reprend à son compte cette citation admirable de Colette «Si vous n'avez pas quelques talents de sorcellerie, inutile de vous mêler de cuisine».

Son analyse des Thaïlandais est assez juste : « A la fois tolérants et conservateurs, fiers mais pas arrogants, un bel équilibre» conclue-t-il.

Il reste donc partagé (écartelé!) entre le Canada, le Mexique, la Thaïlande et les pays qu'il continue de visiter, soit par curiosité personnelle, soit pour revoir des amis, soit pour répondre à des demandes de collectionneurs: «Je fais toujours autorité et j'ai quelques clients, entre autres, au Japon et aux États-Unis qui me consultent quand ils vont acheter des choses importantes et ils veulent avoir mon opinion, donc ils m'invitent».

 

Il est vrai que, 20 ou 30 ans après, la valeur vénale de la plupart des œuvres qu'il a données à différent musées a été multipliée par vingt. Cela le conforte et ajoute encore au plaisir qu'il a eu à collectionner. Autre preuve de son goût très sûr: il a pu remarquer que dans certaines ventes aux enchères, des marchands d'art qui souhaitent vendre des objets plus facilement affichent frauduleusement «Ancienne collection Joussemet»… La rançon de la gloire!

Raymond Vergé



08/03/2010
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