La meilleure façon de marcher

            En arrivant dans ce beau pays (i.e. la Thaïlande), nous avons tous remarqué, consciemment ou non, un bruit caractéristique qui nous a interpellés d'emblée: le 'flip-flop' émis par les semelles folâtres de ces indigènes étrangement débonnaires. Il suffit de passer ne serait-ce que 24h dans le (paisible?) royaume de Siam pour se poser la question à un moment ou à un autre: pourquoi tant de Thaïlandais (hommes et femmes, enfants et vieillards) traînent-ils ainsi la savate, au sens littéral du terme ? Est-ce de l'insouciance ou de la négligence? Ou les deux?

Tentative d'explication: en Occident, cette attitude (qui est aussi une… démarche) est jugée très sévèrement, souvent à juste titre, car elle est révélatrice d'un laisser-aller, d'une paresse, d'une mollesse, d'une nonchalance, d'une légèreté et d'un relâchement incompatibles avec nos valeurs ancestrales et notre comportement (supposé combatif) face au labeur quotidien: Travail-Famille-Patrie!

Lorsque l'on en fait (poliment et avec un peu d'humour) la remarque aux Thaïlandais eux-mêmes, ils en rient d'abord et admettent aisément que c'est certainement dû à un manque d'éducation et de rigueur. Force est de constater que la 'Thaïlande d'en haut' traîne moins les pieds que la 'Thaïlande d'en bas'! Mais ce n'est pas uniquement une affaire de scolarisation et de niveau intellectuel car en France, par exemple, beaucoup de 'seniors' (du troisième, voire du quatrième âge) qui avaient quitté l'école à douze ans (pour aller travailler) ne supportent pas les jeunes désœuvrés et désabusés qui 'raclent la godasse' et qui pourtant, en principe, sont plus instruits qu'eux (mais là aussi, ça se discute!).

Serait-ce donc, en Occident, les gens qui ont le plus les pieds sur terre qui les laissent moins traîner, alors que les 'irresponsables' pataugent dans la gadoue d'un quotidien pesant?

Mais, a contrario, en Thaïlande, le citoyen lambda n'est pas oppressé, loin de là, c'est même pour cela qu'il a les doigts de pieds en éventail et qu'il se hâte lentement, en caressant de ses talons candides la terre qui le soutient et le nourrit.

C'est également une question de température: vu que le climat est loin d'être rigoureux, on porte ici des tongs (en anglais: flip-flops!) et on lâche facilement la bride, du moins chez les Thaïlandais, car les Farangs ont tendance à opérer une préhension du métatarse visant à soulever la semelle pour éviter le frottement sur le sol. Certains lèvent carrément les talons à chaque pas, ce qui, pour les psychologues conventionnels, est un signe d'égocentrisme aggravé. Je me souviens d'un camarade de classe que l'on appelait Zébulon, du nom d'un sympathique petit personnage du 'Manège Enchanté' (série française en animation image par image, diffusée entre 1964 et 1967) car il semblait lui aussi monté sur ressorts.

Les Occidentaux ont des façons de marcher qui semblent beaucoup plus variées que celles des Thaïlandais. Sans doute avons-nous des comportements plus 'complexes', ou simplement très différents (et cette supposition/assertion ne constitue pas un jugement de valeur, d'un côté comme de l'autre). Nous sommes les premiers à rire de nous-mêmes: qui n'a pas apprécié en faisant la queue devant un cinéma (parisien ou autre) de voir un mime se mettre à suivre un passant distrait, tout en imitant son allure? Tout le monde s'esclaffe en reconnaissant ses propres travers caricaturés par cet artiste qui nous sert de miroir.

Quelle est donc la meilleure façon de marcher? C'est sans doute la nôtre qui consiste à mettre un pied devant l'autre et de recommencer…

                                         Raymond Vergé

  



12/03/2008
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