Les neuf joyaux de la couronne

        Après la destruction d'Ayutthaya par les Birmans en 1767, le royaume devait se reconstruire sur de nouvelles bases pour retrouver sa splendeur d'antan. Le roi Taksin parvint à chasser l'envahisseur et à réunifier le pays. Victime de ses propres démons, il jeta néanmoins les bases d'une royauté nouvelle et toujours pérenne, fondée par son successeur, le premier roi Chakri.


            Statue équestre du roi Taksin à Chanthaburi...

et la même figurant sur les anciens billets de 20 bahts

L'arbre généalogique de la lignée des Chakri est difficile à cerner pour l'étranger profane. Outre les filiations indirectes, ceci est dû au fait que chaque honorable représentant est connu sous différents noms, dont certains même ont été attribués des années après la disparition des intéressés. Les titres protocolaires des souverains sont une longue succession d'épithètes honorifiques que l'étiquette interdit d'utiliser au quotidien à cause du caractère sacré de la personne royale.

Peu avant la 1ère guerre mondiale, dans un souci de simplification et d'harmonisation avec les monarchies européennes, le roi Vajirawuth, qui avait fait ses études en Angleterre, opta pour le titre de Rama et se fit appeler «Rama thi hok» (Rama le sixième), avec effet rétroactif pour ses illustres prédécesseurs. De nos jours, les Thaïlandais utilisent plutôt le terme de «ratchakan» (règne) avec le numéro correspondant.

Une autre difficulté (pour ceux qui ne connaissent pas l'alphabet thaï) vient des différentes techniques de romanisation (basées en outre sur une prononciation anglophone) : certains rédacteurs utilisent le système graphique, d'autres le système phonétique, et d'autres encore une combinaison des deux ! C'est donc loin d'être une science exacte…

 

Chronologie de l'ère Rattanakosin 

Rama 1er [Buddha Yot Fa Chulalok] 1782–1809

 

            Né à Ayutthaya le mercredi 20 mars 1737, sous le nom de Thong Duang, fils d'un noble du royaume. Après la destruction de la ville, il se bat aux côtés du roi Taksin et reçoit le titre de Chao Phraya Chakri. En mars 1782, les proches de Taksin considèrent qu'il représente une menace pour la nation et le forcent à abdiquer. Le 6 avril, à 45 ans, le général et prince Chao Phraya Chakri monte sur le trône, asseyant de ce fait la présente dynastie, il y a près de 225 ans.

            La même année, il fonde sa capitale (Krung Thep Maha-nakhon…), en face de Thonburi, au lieu-dit Bang Makok (c.-à-d.  "Endroit planté d'oliviers", d'où le nom de Bangkok, à l'usage exclusif des étrangers), sur la presqu'île de la Cité, appelée encore aujourd'hui Rattanakosin. Son premier devoir est de reprendre la tâche de Taksin consistant à protéger le pays nouvellement uni, contre les attaques des Birmans. Sous son règne, le Siam comprenait le Laos actuel, la province malaise de Kedah, ainsi qu'une partie de la Birmanie et du Cambodge. Culturellement, Rama I rétablit les traditions en sauvant les textes bouddhiques perdus dans le chaos qui suivit le sac d'Ayutthaya. Il met au point un nouveau code pénal. Il nomme le premier Patriarche Suprême du bouddhisme siamois. Passionné de littérature, il écrit une version thaï du Ramayana sous le titre de Ramakhien. Il meurt à Bangkok le 7 septembre 1809. Son fils le prince Isara-sundorn lui succède. A l'occasion du Bicentenaire de Rattanakosin en 1982, le gouvernement décida d'attribuer le titre de "Maharaj" i.e. Le Grand, au roi Rama Ier. Le nom de Buddha Yodfa Chulaloke lui avait été conféré à titre posthume par le roi Rama III.


Rama II [Buddha Loet La Nabhalai] 1809–1824

 

            Né à Rajaburi le vendredi 26 février 1766. Il devient prince héritier (Somdet Chao Fa) à 16 ans et reçoit le nom de Issara-sundorn (Indépendance sublime). En 1809, à 42 ans, il est proclamé roi à la mort de son père. Il poursuit l'œuvre paternelle et multiplie les contacts avec les comptoirs britanniques établis en Malaisie. Durant son règne, le pays connaît une paix relative avec ses voisins. Rama II initie la coutume de nommer des princes de rang pour superviser les différents départements de l'État. Il améliore le système administratif et initie des réformes agraires. Il fut proche des arts et artiste lui-même: peintre, écrivain, compositeur. Il interdit les jeux de hasard et les combats de coqs. Il promeut la religion en réactualisant la fête de Visakha Bucha et en traduisant les prières du pali en siamois pour l'édification des fidèles. Il envoie des moines au Sri Lanka pour y étudier le Bouddhisme. Il fait construire des temples, notamment le célèbre Wat Arun. Il meurt le 21 juillet 1824 à l'âge de 58 ans. Il a eu plusieurs épouses et 73 enfants. Le nom de Buddha Loet La Nabhalai lui avait été conféré à titre posthume par le roi Rama III.


Rama III [Nang Klao] 1824–1851

 

            Né à Bangkok le lundi 31 mars 1788, fils de Rama II, d'abord appelé prince Chesdabodin. À l'âge de 37 ans, il est choisi comme nouveau roi par le conseil de succession car le prince Mongkout, héritier en titre, est entré au monastère deux semaines avant la mort de leur père. Il se révèle être un digne souverain, restant ferme avec les pays voisins. Le Siam devient même une puissance militaire, refoulant les invasions vietnamiennes. Des avancées territoriales sont menées au nord et à l'est (Laos et Cambodge). Rama III signe des accords commerciaux avec plusieurs pays européens et en 1833, le premier traité avec les États-Unis est ratifié. Pendant ses 27 ans de règne, les échanges avec la Chine se multiplient et remplissent les coffres royaux. Bouddhiste dévoué nourrissant les pauvres, le roi fait construire et réparer plus de 50 temples. Il meurt le 2 avril 1851, à l'âge de 65 ans. Comme il n'a pas d'héritier direct, son demi-frère lui succède et devient le roi Mongkut [Rama IV].


Le roi Rama III (Nang Klao) figure au verso du billet de 500 bahts


Rama IV [Mongkout] 1851-1868

            Né à Bangkok le jeudi 18 octobre 1804. Fils de Rama II. Héritier direct, le prince Mongkout a 5 ans lorsque son père monte sur le trône en 1809, mais à l'âge de 20 ans il prononce les vœux monastiques, deux semaines seulement avant le décès de ce dernier et le Conseil de Succession choisit un de ses demi-frères, le prince Chesdabodin (Rama III) comme nouveau roi. Vingt-sept ans plus tard, à la mort de celui-ci, le prince Mongkout est appelé à la fonction royale. Entretemps, il a connu une vie de pérégrinations et d'études intensives qui l'ont très bien préparé à diriger la nation. Il lance toute une série de réformes basées sur les fameuses inscriptions de la stèle attribuée à Ramkhamhaeng (1275-1317). En 1862, soucieux de parfaire l'éducation de ses enfants, il fait appel à une gouvernante anglaise, Anna Leonowens qui deviendra célèbre par la publication de ses mémoires et surtout grâce à la comédie musicale «Le Roi et moi» (1956, avec Deborah Kerr et Yul Brynner). Il fonde l'Ordre Bouddhiste Theravada du Thammayut Nikaya, toujours actif à ce jour. Il avait un intérêt particulier pour l'astronomie. C'est ce qui le perdra indirectement. Ayant calculé l'heure exacte d'une éclipse totale du soleil, il se rend pour l'observer dans la province de Prachuab Khiri Khan et y contracte la malaria. Il en meurt deux mois plus tard, le 18 octobre 1868, le jour de son soixante-quatrième anniversaire.


Le roi Rama IV (Mongkout) figure au verso du billet de 50 bahts

 

Rama V [Chulalongkorn] 1868-1910

            Né à Bangkok le mardi 20 septembre 1853. Il n'a que 15 ans à la mort de son père et ne monte officiellement sur le trône qu'en 1873, après une régence de 5 ans. Il continue alors les réformes amorcées, préparant ainsi le pays à entrer dans le 20ème siècle. Il prend des mesures pour abolir progressivement l'esclavage et évite la colonisation par une fine stratégie diplomatique vis-à-vis des puissances Occidentales. Résolument progressiste et moderne, il s'entoure d'un conseil des ministres, crée les provinces et les districts, organise la fonction publique, le système scolaire, les services postaux, l'armée, trace les routes et inaugure le réseau ferré (faisant appel à des ingénieurs étrangers).


Il se rend deux fois en Europe (1897 et 1907) pour y établir des liens d'amitié avec la plupart des chefs d'État et familles royales. Ses fils feront d'ailleurs leurs études dans des écoles européennes. Il meurt le 23 octobre 1910 après 42 ans de l'un des règnes les plus éclairés de l'histoire du Siam. Aujourd'hui encore et peut-être plus que jamais, le peuple thaïlandais nourrit une affection particulière à son égard. On peut même parler de béatification (vox populi, vox dei) à son égard. Le jour anniversaire de sa mort, appelé «Wan Pya Maharat», (jour du roi bien aimé), est évidemment férié.


Le roi Rama V (Chulalongkorn) figure au verso du billet de 100 bahts


Statue équestre de Rama V

A ce sujet, voir les articles du Petit Journal:
"La statue équestre de Chulalongkorn : histoire et symbolique"

//www.lepetitjournal.com/content/view/32531/1013/
"23 octobre, jour de Chulalongkorn"

//www.lepetitjournal.com/content/view/9071/1013/

 

Rama VI [Vajiravudh] 1910–1925

            Né à Bangkok le jeudi 1er janvier 1881. Second fils de Chulalongkorn. Devenu héritier de la couronne à la mort prématurée de son demi-frère aîné. Il fait ses études à la Sandhurst Military Academy, au Christ Church College (Oxford University), et en ramène des traditions qu'il adapte à la culture siamoise. En 1909, il intègre par exemple le scoutisme au cursus scolaire pour renforcer le sentiment nationaliste chez les enfants. En 1912, il rétablit le calendrier bouddhique pour les documents officiels. En 1913, il impose à ses sujets l'usage du patronyme (nom de famille). En janvier 1915, il pose la première pierre de l'université Chulalongkorn. En septembre 1917, il donne au drapeau national ses couleurs actuelles (c.-à-d. Bleu=Monarchie, Blanc=Bouddhisme et Rouge=Nation), alors qu'il envoie un corps expéditionnaire de 1200 soldats volontaires participer aux batailles de la 1ère guerre mondiale. Cette participation aux côtés des alliés victorieux contribue largement à positionner le pays sur la scène internationale, d'autant plus qu'au sortir de la signature du Traité de Versailles, le Siam devient l'un des membres fondateurs de la Société des Nations (remplacée en 1945 par l'ONU). Le roi Vajiravudh s'éteint prématurément à Bangkok le 25 novembre 1925 à l'âge de 44 ans et sans héritier direct.


Rama VII [Prajadhipok] 1925-1935

            Né à Bangkok le mercredi 8 novembre 1893. Dernier fils du roi Chulalongkorn et donc frère cadet du roi Vajiravudh. Éduqué au collège d'Eton et à l'Académie militaire de  Woolwich en Angleterre, ainsi qu'à l'École Supérieure de Guerre en France. A 32 ans il accède au trône en raison de la mort prématurée de son royal aîné, qui lui laisse un gros déficit budgétaire. En outre, le règne de Rama VII est marqué, à l'international, par la grande dépression de 1929, et, à l'intérieur, par le coup d'état du 24 juin 1932 (l'année du 150ème anniversaire de la dynastie) qui transforme, en douceur et sans effusion de sang, une monarchie absolue, vieille de sept siècles, en monarchie constitutionnelle. Quelques mois plus tard, le 10 décembre (ce jour est devenu férié), le roi offre au peuple siamois sa première constitution. Mais la cohabitation n'est pas au goût du souverain qui trouve que le nouveau gouvernement (formé par une majorité de militaires) n'accorde pas à ses sujets toute la démocratie annoncée. Il finit par abdiquer le 2 mars 1935, en critiquant ouvertement l'oligarchie qui a remplacé la monarchie. Il se retire en Angleterre où il meurt le 30 mai 1941.


Rama VIII [Ananda Mahidol] 1935–1946

            Né à Heidelberg (Allemagne) le dimanche 20 septembre 1925, fils de Son Altesse Royale Mahidol Adulyadej (lui-même fils du roi Chulalongkorn et Prince de Songkhla). Il perd son père à l'âge de quatre ans. Héritier de la couronne, le futur Roi Ananda Mahidol [Rama VIII], encore trop jeune pour régner lorsque son oncle Prajadhipok abdique, est représenté par un conseil de régence pendant qu'il continue ses études en Suisse Romande, loin des pressions du nouveau gouvernement constitutionnel. Il revient à Bangkok après la fin de la deuxième guerre mondiale et le peuple se réjouit de savoir son roi de nouveau au palais. Mais le 9 juin 1946, alors qu'il devait repartir compléter son doctorat en droit à l'université de Lausanne, il est retrouvé mort dans sa chambre du Grand Palais, à l'âge de 21 ans, tué par un mystérieux coup de feu dans la tête. Une énigme encore non officiellement élucidée à ce jour.


Le roi Rama VIII (Ananda Mahidol) figure
au verso du
nouveau billet de 20 bahts


Rama IX [Bhumibol Adulyadej] 1946-

            Né le lundi 5 décembre 1927, au Mount Auburn Hospital de Cambridge, Massachusetts, U.S.A., troisième et dernier enfant de Son Altesse Royale Mahidol (frère cadet du Roi Prajadhipok et fils du grand roi Chulalongkorn, Rama V), Prince de Songkhla. Lors de sa naissance, son père, le Prince Mahidol, était en train de terminer ses études de médecine à l'université de Harvard. Il devait mourir à Bangkok 2 ans plus tard (le 24 septembre 1929) d'une complication rénale, après avoir initié la modernisation de la profession médicale au royaume de Siam. Le Roi Bhumipol Adulyadej (prononcer Bhoumipaun Adoulyadet) a donc succédé à son frère aîné. A ce jour, il a non seulement surpassé son illustre grand-père Rama V [Chulalonkorn] en tant que souverain ayant le plus long règne de l'histoire du pays, mais il est aussi le souverain actuel ayant le plus long règne au monde.



Le roi Rama IX (Bhumibol Adulyadej) figure au recto de tous les billets
ainsi qu'au verso du billet de 1000 bahts

 
Petit mémento «Sanskrit-Pali»

        Le nom de «Chakri» signifie «Possesseur du disque [chakra]». Le terme «chakra» désigne tout ce qui a une forme circulaire et notamment l'arme fatale de Vishnou, une sorte de missile nucléaire agissant comme un boomerang. C'est donc ici un attribut divin symbolisant l'invincibilité.

         De fait, ce nom [Chakri] vient du titre Chao Phraya Chakri, équivalent à «prince généralissime» décerné au futur Rama 1er quand il était encore à la tête de l'armée du roi Taksin (simple homonymie avec Thaksin Shinawatra).
        Rama est, à l'origine, le nom du légendaire roi d'Ayodhya (Inde), héros du Ramayana (le Ramakhien en version thaï) et septième incarnation de Vishnou. Ayodhya signifie «inattaquable» et a donné son nom à la ville [thaïlandaise] d'Ayutthaya restée invincible pendant plus de 400 ans… jusqu'à sa destruction par les Birmans en 1767.


        L'appellation «Rattanakosin», qui fait partie, en siamois, du nom complet de Bangkok (Krungthep Mahanakorn…), se traduit par «trésor» d'Indra (le chef des dieux de l'hindouisme) et fait référence directe au Bouddha d'Émeraude (d'un très beau jade, en fait), statue ramenée par Chao Phraya Chakri en 1779 de Vientiane (c.-à-d.  "Cité de santal", capitale du Laos assujetti alors) et cérémonieusement installée d'abord à Thonburi (Cité de la fortune), puis dans sa chapelle (Wat Phra Kéo) du Grand Palais. Le Bouddha d'Émeraude est le symbole le plus sacré aux yeux des Thaïlandais, étant pour eux le "Palladium", c.-à-d.  le garant de leur indépendance et de leur prospérité.


            Rattanakosin désigne donc le nucleus, le centre historique de Bangkok, mais par extension spatio-temporelle, ce nom désigne également la nouvelle ère inaugurée par le premier roi Chakri (de 1782 à nos jours). 

            Indra est le dieu tutélaire de Bangkok. Il figure sur le sceau officiel de la ville où on le représente monté sur Erawan, son éléphant blanc, cheminant sur les nuages. Dans sa main droite, Indra tient la foudre, son arme de prédilection contre la sècheresse. On se souvient que le roi Bhumipol Adulyadej a fait breveter une technique innovante de pluie artificielle (puisque consistant à mitrailler les nuages orageux avec des particules d'iodure d'argent) destinée en priorité à aider les cultivateurs de zones arides…

Raymond Vergé




Repères Historiques de la Thaïlande (du 13ème  au 18ème siècle)

 

1238 - Inaugurant une nouvelle dynastie, Phraya Ruang (c.-à.-d. prince royal), qui régna sous le nom d'Indraditya (c.-à.-d."Roi des Dieux", dans la mythologie Hindoue), fonda le tout premier Etat Thaï indépendant, appelé Royaume de Sukhothaï, sa capitale (dont le nom est tiré du Sanskrit: Sukh=joie, uday=lever, c.-à.-d."Aube du Bonheur").


1275 -
(ou 1279, selon les sources). Ram Khamhaeng, troisième et dernier fils du Roi Indraditya, monte sur le trône. Il est considéré comme le véritable "Père de la Nation"; on lui attribue la mise au point de l'alphabet thaï (emprunté au Sanskrit et au Pali [langue elle-même issue de la précédente, qui est mère de plusieurs autres], par l'intermédiaire des caractères Khmers, d'où la lointaine ressemblance avec les "graphèmes" d'origine). C'est donc lui qui aurait fermement assis les principes sociaux et administratifs, et annexé les territoires allant jusqu'à la pointe Sud de la Péninsule. Il serait [accidentellement] mort noyé en 1317 (mais il n'y a pas de preuve historique), et son règne correspond à l'Age d'Or de Sukhothaï, d'autant plus qu'aucun de ses successeurs ne fût à même d'éviter le déclin du royaume.

 

1350 - Le prince (Phraya) d'U-Thong, fuyant une épidémie dans son propre fief (la Suphanburi d'aujourd'hui) établit sa résidence à Ayutthaya (d'après le nom de la ville Indienne d'Ayodhya, signifiant "invincible"). Trois ans plus tard, il devient Roi sous le nom de Ramadhipati, 1er d'une nouvelle dynastie. Le royaume d'Ayutthaya fut également désigné comme "Royaume de Siam" par les étrangers (sans doute à partir du mot Sanskrit "shyam", voulant dire "[peuple à la] peau brune". Les Rois successifs furent à l'origine de lois sociales durables. Ils imposèrent leur autorité sur les Birmans, les Khmers, le Royaume de Lan-na (c.-à.-d. "un million de champs de riz", avec Chiangmaï pour capitale), ainsi que sur d'autres petits Royaumes.


1512 - 
le Portugais Afonso de Albuquerque (Vice-roi des Indes dès 1509), ayant pris Malacca et participant à la guerre contre Chiangmaï, obtint du Roi Ramadhipati II (1491-1529) la permission de commercer dans le Royaume. D’autres Européens arrivèrent par la suite…

 

 

 

 

 

 

 

1549 - le Roi Birman Tabinshweti échoue dans sa conquête d’Ayutthaya âprement défendue par Mahachakrapat, son Roi nouvellement couronné, secondé par sa célèbre Reine Sri Suryothaï (c.-à.-d. "Soleil Levant, Aube") qui perdit la vie en défendant son royal époux.

 

 

 

 

 

 

 

 

1569 - Après une série d’assauts répétés, les Birmans s’emparent de la ville qui est complètement mise à sac. Naresuan, alors jeune héritier du trône, est emmené en Birmanie comme otage.

1584 - De retour à Ayutthaya, Naresuan proclame l’indépendance du royaume, marquant ainsi le début d’une période faste, durant laquelle l’éducation, les arts, l’agriculture, le commerce et les échanges prospérèrent, tandis que les Européens, les Japonais, les Chinois, les Indiens, les Arabes, et les Perses obtenaient licence d’aller et venir en commerçant librement: ce fut la "Renaissance" d’Ayutthaya.

 

1656 - Le Roi Naraï est couronné. Son règne allait constituer l’apogée de la "Période Ayutthaya". Bien disposé envers les étrangers, il établit des liens diplomatiques avec certains pays Européens. A noter l’extraordinaire ascension (suivie de la non moins fulgurante chute) d’un commerçant d’origine Grecque, nommé Phaulkon (ou Falcon), qui réussit à devenir Premier Ministre, dirigeant virtuellement les affaires du Royaume pendant quelques années; au cours d’une "reprise en main" par des courtisans nationalistes, il fut destitué et exécuté. Le Roi Naraï mourut quelques temps plus tard (en 1688) de mort naturelle, et les relations avec les puissances Européennes furent interrompues. Les 90 années suivantes furent d’une stabilité relative.

 

1767 - Le 7 avril, après un siège de 15 mois, le Roi Birman Hsingyoushin s’empare d’Ayutthaya et la réduit en cendres, sans même épargner les temples. Quelques mois plus tard, le Général sino-thaï Phraya Taksin expulse ce qui reste de l’armée Birmane. Ayutthaya étant détruite, il s’installe à Thonburi, sur la rive Ouest de la rivière Chao Praya, de l’autre côté de laquelle se trouve une petite forteresse, au lieu-dit Bang Makok (c.-à.-d. "endroit planté d’oliviers"), construite à l’initiative de Falcon et restaurée par les troupes Françaises sous le règne de Naraï. Pour faire plus court, des étrangers peu rigoureux appelèrent ce lieu ‘Bangkok’.

 

1779 - La statue du Bouddha d’Emeraude (d’un très beau jade, en fait), symbole le plus sacré aux yeux des Thaï (étant pour eux le "Palladium", c.-à.-d. le garant de leur indépendance et de leur prospérité), est ramenée de Vientiane (c.-à.-d. "Cité de Santal", capitale du Laos assujetti alors) et cérémonieusement installée à Thonburi.

 

1782 - En mars, les courtisans de Taksin considèrent (non sans raisons) qu’il représente une menace pour la nation et le forcent à abdiquer avant de l’enfermer dans un monastère où il sera subséquemment exécuté selon l’Etiquette Royale (c.-à.-d. aucune goutte de son sang ne devant toucher le sol).

 

Le 6 avril, Phra Phuttha Yodfa Julalok monte sur le trône, asseyant de ce fait la présente dynastie, et déplace la cour à Bangkok. [A noter que son titre de "Rama 1er" ne lui sera attribué qu’au début du 20ème siècle, lorsque la dynastie recevra son titre officiel] Ses deux principales préoccupations furent de protéger le Royaume de l’envahisseur Birman et de préserver la culture Thaï.

 

1809. Phra Phuttha Loetla [Rama II] suit les pas de son père en ce qui concerne l’intêret de la Nation et multiplie les contacts avec les compagnies [commerciales] Britanniques établies en Malaisie.

 

1824. Phra Nanglao [Rama III] reste ferme avec ses voisins immédiats et signe des accords commerciaux avec certains pays Européens.

 

1851. Le Roi Mongkout [Rama IV] coiffe la couronne Royale après avoir porté la robe de moine pendant 27 ans. Etant le premier monarque d’Asie à maîtriser l’Anglais, il ouvre la voie sur le chemin de la modernisation.

 

1868. Le Roi Chulalongkon [Rama V] continue les réformes amorcées par son père, préparant ainsi le pays à entrer dans le 20ème siècle. Il prend des mesures pour abolir progressivement l’esclavage et évite la colonisation par une fine stratégie diplomatique vis-à-vis des puissances Occidentales (notamment les Français à qui il concède le Laos en échange de l’intégrité territoriale Thaï). Aujourd’hui encore et peut-être plus que jamais, le peuple Thaï nourrit une affection particulière à son égard.

 

1910. Le Roi Wajirawuth [Rama VI] donne aux souverains de la dynastie Chakri le titre de "Rama", à commencer par son fondateur couronné le 6 avril 1782 (date commémorée tous les ans par un jour férié et des cérémonies officielles). Il impose également à tous ses sujets de prendre un nom de famille, et donne au drapeau national ses couleurs actuelles (c.ad. Bleu=Monarchie, Blanc=Boudhisme et Rouge=Nation).

 

1925. Le Roi Prajadhipok (c.a.d."Lumière du Peuple") [Rama VII] accède au trône en raison de la mort prématurée de son royal aîné, mais quelques années plus tard, en 1932, un coup d’état (premier d’une longue liste) transforme, en douceur et sans effusion de sang, une Monarchie Absolue, vieille de sept siècles, en Monarchie Constitutionnelle.

 

1935. Le (futur) Roi Ananda Mahidon [Rama VIII] encore trop jeune pour régner lorsque son Oncle abdique, est représenté par un conseil de régence pendant qu’il continue ses études en Europe. Mais à peine un an après son retour, il est trouvé mort dans sa chambre, à l’âge de 21 ans, tué par un mystérieux coup de feu dans la tête.

 

1946. Le Roi Bhumipon Adulyadet [Rama IX], jeune frère du défunt, se voit confier la couronne, et, à ce jour, a d’ores et déjà surpassé son illustre grand-père Rama V [Chulalonkon] en tant que souverain ayant le plus long règne de l’histoire du pays.

 

Remarque conclusive : Depuis la révolution "pacifique" de 1932, la Thaïlande a eu 22 Premiers Ministres, 53 Gouvernements, et la Constitution a été modifiée 16 fois. D’une part, le rôle de l’armée reste déterminant et quelque 19 coups d’états, effectifs ou avortés, ont, à des degrés différents, perturbé l’évolution politique, mais sans freiner le développement socio-économique. D’un autre côté, bien que ses pouvoirs soient limités par la Constitution, la Monarchie continue d’avoir, pour la Nation, un effet éminemment fédérateur, donc stabilisateur. Force est de constater que le respect et l’amour du peuple Thaï envers le Roi sont probablement plus vivants que jamais.



01/01/2006
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