Naklua: Le Sanctuaire de la Vérité

          En Thaïlande, les projets culturels d'envergure sont presque toujours le fait de communautés socio-religieuses agissant sous l'autorité bienveillante de patriarches bouddhistes. Il est rare qu'ils soient le fruit d'une initiative personnelle, autre que celle du roi. 

   

Parmi les exceptions, quel plus bel exemple que celui de Khun Lek Viriyaphan (1913-2000), un milliardaire hors normes qui fut à l'origine de «Meuang Borann» (Ancient City), un parc de 130 hectares rassemblant les reproductions des monuments historiques de la Thaïlande et dont les travaux avaient commencé fin 1963 (inauguration le 11 février 1972) à Bang Pu, près de Samut Prakan, à une vingtaine de kilomètres au sud de Bangkok.

          En 1994, il a aussi fondé l'Erawan Elephant Museum, connu pour sa statue 'éléphantesque' en cuivre (la plus grande au monde: 50 mètres de hauteur !) installé à Pak Nam, sur la Sukhumwit Road, à 3 km de Samut Prakan. Entre les deux, en 1981, après des années de préparation et de documentation, il avait initié la construction d'un édifice véritablement extraordinaire situé à Naklua (au nord de Pattaya), qu'il 'baptisa' «Prasath Satya-thaam», nom qui se traduit par 'Sanctuary of Truth' ou 'Sanctuaire de la Vérité'.

C'est un lieu relativement peu connu mais qui mérite le détour pour plusieurs raisons. Si, au premier regard, les grandes lignes du bâtiment évoquent le style thaï traditionnel, ce sanctuaire reflète admirablement les trois autres grands courants artistico-philosophiques qui ont traversé l'histoire de ce pays, à savoir: l'énorme influence des civilisations brahmanique, khmère et chinoise. Mais le caractère absolument unique de ce gigantesque pavillon (sans doute le plus grand au monde, lui aussi !) vient de ce qu'il est presque entièrement fait en teck, ce bois aux tons bruns rougeâtres, incroyablement dur, extrêmement dense, imputrescible et qui a la propriété d'être invulnérable aux termites. D'autres essences (dont l'Hopea Odorata, i.e. Takhian thong)  ont été aussi utilisées, toutes provenant des pays limitrophes, comme la Malaisie, le Laos et le Cambodge.

           Depuis plus de vingt ans donc, des équipes d'artisans-sculpteurs (200 à 250 en tout) se relaient en permanence sur le site et malgré cela, il ne sera pas véritablement terminé avant dix ou quinze ans, ce qui est une façon de parler puisque qu'il fera continuellement l'objet de réparations et de rénovations. Le plus gros du travail restant à accomplir semble se trouver à l'intérieur, où, d'ailleurs, on peut regretter l'insuffisance (provisoire ?) d'éclairage, rendant la prise de certaines photos difficile, même au flash, vu les énormes volumes laissés dans la pénombre.

 

L'ensemble est cruciforme et la flèche centrale culmine à 105 mètres, majestueuse résultante des six niveaux de toiture qui chapeautent les quatre nefs, elles-mêmes exactement orientées aux quatre points cardinaux. C'est au sommet de cette flèche centrale que sera installée la statue équestre de Kalki, dernier 'avatar' de Vishnou et considéré comme Maitrayi, i.e. le Bouddha de l'ère contemporaine (dont on ne sait s'il est venu ou à venir !). Les quatre flèches latérales, une sur chaque nef, représentent les quatre 'éléments' (Maha-bhutas), à savoir la Terre, l'Eau, l'Air et le Feu.

   

Il y a pratiquement autant de sculptures et de décorations à l'extérieur qu'à l'intérieur (surface au sol:>2000 m²). Attention, une statue peut en cacher une autre, voire plusieurs autres. C'est un peuplement à la démographie galopante et le regard du visiteur semble faire naître toujours plus d'êtres surnaturels à mesure qu'il se déplace. L'enchantement est exponentiel.

         Chacune des nefs (ou ailes) abrite un des quatre styles majeurs: dans celle qui fait face au sud, d'inspiration khmère, on peut admirer des panneaux sculptés illustrant des épisodes de la vie de Krishna (i.e. le huitième 'avatar' de Vishnou - ou Phitsanou, en thaï), et notamment des extraits du Mahabharata incluant la bataille de Kurukshetra et le fameux sermon délivré à Arjouna (fils d'Indra), plus connu sous le titre générique de Bhagawad-Gita (ou 'Chant du Seigneur'). Dans son prolongement intérieur, cette partie comprend également les statues (chacune sur une 'monture' différente) des dieux des sept 'corps célestes' ayant donné leur nom aux jours de la semaine (en sanskrit, et donc en thaï), i.e. La Lune, Mars, Mercure, Jupiter, Vénus, Saturne et Le Soleil.

Surmontée par l'imposante représentation de Brahma, le dieu (créateur) aux quatre têtes, et celle d'Erawan (l'éléphant à trois têtes, véhicule d'Indra - le roi des dieux), l'aile ouest (elle-même cruciforme) rappelle l'architecture monumentale des temples hindous, tandis que l'aile nord est ornée de statues et de motifs typiquement chinois, offrant une place prépondérante à l'idéal très charitable du Boddhisattva (le plus connu étant Avalokiteshvara ou Kuan Yin dans le panthéon chinois). A l'est, la nef considérée comme étant la principale est d'inspiration thaïe, avec notamment le thème de la famille en tant que base spirituelle et sociale, et la statue de la déesse Durga (Turaka en thaï) dans son rôle de 'Mahish Asura Mardini', i.e. celle qui tue le démon-buffle, symbole de l'ignorance génératrice de souffrances physiques et mentales.

      

En approchant du Saint des Saints (un élégant 'stûpa' censé symboliser le trône de l'Humanité), on se sent rapetisser car des colonnes de 26 mètres de haut s'élancent sous les voûtes et se perdent, au-dessus des rosaces, parmi les cintres décorés et chargés de personnages fabuleux rappelant les gargouilles, dragons et autres habitants de nos fières cathédrales gothiques. C'est, là-haut, le domaine réservé des Apsaras et Gandharvas (danseuses et musiciens célestes), kinnaras (mi-hommes mi-oiseaux), devatas (dieux bienveillants) et asuras (démons d'essence divine).          Et c'est l'esprit de khun Lek (décédé le 17 novembre 2000) qui continue d'animer cette hallucinante armée d'extra-terrestres. On ne peut que rester ébahi et admiratif devant tant d'imagination, de création et d'érudition (que le roi Bhumibol et la reine Sirikit ont eux-mêmes salués en présidant aux cérémonies de crémation de leur brillant sujet). Issu d'une famille de commerçants sino-thaïs, il s'est intéressé très tôt aux arts religieux. C'était un parfait autodidacte qui a côtoyé nombre de savants, archéologues et d'historiens de l'art, et sa spectaculaire réussite dans les affaires lui a permis de réunir une remarquable collection d'antiquités asiatiques. Mais sa véritable démarche était, en 'réalité', de révéler la part du divin dans chaque être humain, car l'Homme était au cœur de ses préoccupations. Après avoir lui-même largement profité du modernisme et surtout du matérialisme exacerbé qui domine nos sociétés, il souhaitait rappeler les valeurs élémentaires et fondamentales (de respect et d'amour du prochain) qui motivent la 'quête spirituelle', tout en mettant à l'honneur le talent des artisans et artistes thaïs au service des traditions ancestrales.          La situation géographique choisie par Khun Lek pour édifier ce temple ajoute encore à la magie: ce palais-sanctuaire est 'posé' sur un cap, que dis-je, une péninsule, i.e. une pointe de terre qui s'avance dans la mer (nom topographique: Laem Ratchawet). C'est vraiment 'presque une île' car un canal, communiquant avec la baie, a été creusé à l'arrière, ce qui fait qu'il est plus entouré d'eau que de terre. Ce canal, lui-même coupé par un isthme faisant office de pont, héberge deux espèces de dauphins (dites 'Irrawaddy' et 'à bosse du Pacifique') qui suivent [séparément] deux séances quotidiennes de dressage (11h30 & 15h30) et qui sont toujours prêts à vous serrer la palme ou à vous faire un bibi mouillé pour quelques sardines gobées en cinq sec.

          L'ensemble du domaine est entouré d'une muraille crénelée, plutôt massive, mais qui est creuse par endroits. En arrivant au bureau d'accueil, il est conseillé de faire un repérage en étudiant la maquette exposée céans. Le temple se trouve à quelques centaines de mètres, en contrebas. Il se découvre du haut de la terrasse qui le surplombe (forcément !) et ça vaut bien une photo.   

Pour la visite elle-même, le prix d'entrée, 500 bahts (hors options) pour tout le monde et sans discrimination, peut sembler exorbitant, mais il s'explique par le fait que les dignes successeurs de Khun Lek, tout en souhaitant alimenter les caisses pour financer les travaux, veulent justement éviter un afflux trop important de visiteurs, ce qui freinerait ces mêmes travaux (dont la date d'achèvement recule à mesure qu'ils avancent !). Outre les casques de chantier (conseillés à l'intérieur), des guides-accompagnateurs sont disponibles sur place (en option): si vous ne parlez pas thaï couramment, il faudra vous adapter à leur niveau d'anglais (qui n'est souvent pas pire que celui des francophones). Un restaurant thaï vient d'être inauguré. Options supplémentaires: balades à cheval dans la propriété et/ou sorties en bateau pour admirer le temple côté mer.

  

          Itinéraire d'accès: sur la Pattaya-Naklua Road, prendre la Soï 12. Au bout de cinq cents mètres, ne tournez pas à droite vers le Shell Tangkay Restaurant mais gardez votre gauche. En arrivant au niveau de 'AA Villas', vous apercevrez les créneaux, continuez, vous y êtes, c'est là, exactement à un kilomètre de Pattaya-Naklua Road.
Raymond Vergé

SITE OFFICIEL [EN ANGLAIS]


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Crédit photo:JMS (cliquer sur l'image pour visiter son blog)
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Pattaya City - Transportation around, within and out of Pattaya  

//www.pattayacity.com/transport.html



02/03/2008
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