Pattaya: Nong Nooch et la French touch

LES PALMES D'OR DE PATTAYA

La conférence biennale [2012] de l’IPS («International Palm Society») s’est tenue à «Nong Nooch», au sud de Pattaya, du 11 au 18 septembre dernier. Pour les botanistes amoureux des plantes tropicales, c’est un rendez-vous très important. La précédente y avait eu lieu en septembre 1998. Après quatorze ans de préparation (et au dire des experts), ce fut un succès total.

 

Nong Nooch (prononcé nong-nout) est certainement le plus beau et le plus grand parc botanique de toute l'Asie du Sud-Est. A ce titre, il constitue une des attractions majeures de la région de Pattaya. Un des principaux collaborateurs du très charismatique Kampon Tansacha (le maître des lieux), n'est autre qu'Alain Mermoud, un Français de Nouvelle-Calédonie, qui vit et partage sa passion des plantes de façon très… naturelle. Nous l'avons rencontré dans son jardin extraordinaire.


Paris-Phuket: Comment de Nouméa vous êtes-vous greffé à Pattaya?

Alain Mermoud: J'ai toujours eu une vieille appétence pour les végétaux. Je collectionne les plantes tropicales depuis tout petit. Une fois entré à l'éducation nationale comme électricien chargé de la maintenance dans les lycées, j'ai eu l'opportunité d'encadrer des stages d'initiation au règne végétal. Je me suis tout de suite senti dans mon élément, pour ne pas dire mon biotope. Plus tard, j'ai fait partie de groupes de protection de la nature. Au début des années 90 s'est formée l'association des collectionneurs de palmiers en Australie, avec qui la Nouvelle-Calédonie a des rapports de proximité (1 600 km au lieu de 20 000 pour la France).


En 1997, M. Kampon Tansacha nous a demandé de lui fournir des palmiers endémiques (propres à l'archipel) pour la conférence qui devait avoir lieu ici à Nong Nooch. C'est comme ça que je suis venu et j'ai eu le coup de foudre pour l'endroit. J'ai décidé de revenir dès que possible. Rien ne me retenait en Nouvelle-Calédonie. En 2002, j'ai pris ma préretraite pour venir s'installer ici et travailler à ses côtés.


Paris-Phuket: Quel est votre statut officiel?

AM: Collecteur/collectionneur/développeur de plantes (curator, en anglais). Avec un collègue suédois, nous sommes chargés d'aller régulièrement à l'étranger pour ramener des plantes afin de compléter notre «catalogue». Les Thaïlandais n'ont pas la «capacité linguistique» d'aller à l'étranger.


Paris-Phuket: Qu'avez-vous trouvé ici de plus qu'ailleurs?

AM: La vie en Thaïlande est très agréable et professionnellement, pour moi, il y a un potentiel énorme, pratiquement illimité. Avec en plus une grande liberté et des moyens appropriés. M. Kampon Tansacha met à notre disposition tout ce qui est nécessaire pour contribuer à la préservation des espèces et de partager cette «croisade» avec un public sans cesse renouvelé. Nous sommes une grande famille de 2000 employés, participant à une des causes les plus nobles qui soit. Je suis logé sur place, les conditions de travail sont optimum. C'est un grand privilège.


Paris-Phuket: Combien et quels types de visiteurs recevez-vous?

AM: Près d'un million par an. Les Thaïlandais sont de très bons clients mais ils sont dépassés en nombre par les touristes étrangers: Occidentaux, Asiatiques (dont beaucoup d'Indiens), énormément de Russes… La plupart voyagent en groupe.


Paris-Phuket: Quelle est la durée moyenne de séjour?

AM: Cela va de 2 ou 3 heures à quelques jours. Pour ceux qui veulent faire une visite exhaustive, nous proposons une cinquantaine de studios et une trentaine de chalets à la location. Le taux de remplissage est conséquent. De nouveaux pavillons sont en construction pour satisfaire la demande. Cinq restaurants, ouverts tous les jours, sont répartis sur le «campus». C'est un grand village de vacances avec un équipement complet.


Paris-Phuket: Quels sont les principaux départements?

AM: «Nong Nooch Tropical Botanical Garden & Resort» peut être découpé en plusieurs secteurs.


Le plus visible est bien sûr l'accueil des visiteurs et tout l'éventail de services qui va avec (de la cafétéria au spectacle d'éléphants, en passant pas la location de vélos et de pédalos), mais en arrière-plan, et c'est la raison d'être de Nong Nooch, il y a la collection, la préservation, la production et le développement des plantes. La troisième activité que l'on soupçonne moins est l'aménagement de jardins extérieurs partout en Thaïlande, notamment pour le gouvernement, l'armée, la marine, les municipalités, sans compter les espaces privés. Il y a des commandes pour 5 ans et la demande est exponentielle. C'est la plus grosse industrie d'aménagement de jardins au niveau national. Le chiffre d'affaires annuel est de plusieurs centaines de millions de bahts. Le moindre palmier cultivé ici peut se vendre cent mille bahts, et nous en avons des forêts entières.


M. Kampon Tansacha a un bureau d'études à Bangkok entièrement consacré à la gestion administrative et comptable de cette activité. Nong Nooch est également un centre de formation pour les élèves de différentes disciplines (botanique, horticulture…). Chaque année le domaine peut recevoir 700 stagiaires logés et nourris, pour des cours de un à deux mois. C'est aussi un laboratoire pratique et un conservatoire pour les chercheurs du monde entier et qui sert naturellement (sic) de cadre idéal à la préparation de thèses de doctorat. De nombreux articles résultant d'études menées ici sont publiés à l'étranger dans des revues spécialisées. Le rayonnement international de Nong Nooch est plus important que l'on pourrait imaginer.


Paris-Phuket: C'est effectivement une entreprise tentaculaire! Pouvez-vous raconter sa genèse et son développement en quelques mots?

AM: Au milieu des années 50, les parents du propriétaire actuel ont acheté ce terrain de 240 hectares pour y planter des arbres fruitiers. Au cours d'un voyage à l'étranger, Mme Nong Nooch Tansacha, qui a donné son nom au domaine, est tombée sous le charme des jardins tropicaux et a décidé de cultiver des plantes ornementales, notamment des orchidées. Il fut ouvert au public au début des années 80. La famille Tansacha étant propriétaire du cinéma La Scala sur Siam Square à Bangkok, leur fils Kampon a d'abord poursuivi des études de cinéaste et de mise en scène. Mais au cours d'un stage aux Amériques, il a découvert les palmiers, il est revenu avec une valise pleine de graines et c'est ainsi qu'il a attrapé le virus lui aussi. Il a désormais plus de quarante ans d'expérience. C'est avant tout un grand collectionneur.


Son rêve, c'est d'avoir toutes les plantes du monde, enfin, surtout celles qui s'adaptent bien sous ces latitudes. Il les développe pour l'aménagement des jardins qui lui sont confiés en Thaïlande et leur propagation à l'étranger. Il faut savoir que Nong Nooch, en tant que pépinière, a un eu rôle déterminant pour la survie de plusieurs espèces disparues dans leur site d'origine (Malaisie, Soudan, entre autres) et qui ont pu être sauvées et réimplantées grâce à nos soins. En toute modestie, Nong Nooch n'a pas d'équivalent en Thaïlande.


Les collections sont enrichies en permanence. Mais il y a bien sûr de moins en moins de place et M. Kampon a donc dû acheter un terrain près de Kanchanaburi pour des grosses collections d'arbres, d'arbustes et de palmiers, uniquement pour les stocker et les développer sur des dizaines d'hectares. Ce n'est pas ouvert au public. La famille possède également un verger à Chiangrai et un «camping» resort à Prachin Buri. Si l'on totalise le nombre de plantes sur ces quatre sites, on arrive au chiffre vertigineux de cent millions. Mais quand on aime, on ne compte plus…


A Nong Nooch, rien n'est figé, le paysage change tous les ans, vous pouvez revenir année après année, vous trouverez toujours du nouveau. Il y a ici une obsession pour l'excellence. Les spectacles sont primés quasiment tous les ans par l'Office de Tourisme Thaïlandais. On peut tout organiser: séminaires (il y a trois salles de conférence dont l'une peut accueillir 300 personnes), célébrations de mariages traditionnels thaïlandais (pour locaux et étrangers), de fêtes comme Loy Krathong, des balades en bus, à dos d'éléphants ou du haut de passerelles d'observation, des visites guidées, des circuits détente… La liste est longue! Vous pouvez envoyer et recevoir vos e-mails à l'Internet Café du bureau d'information, en sortant de la visite du musée d'antiquités qui sert aussi de lieu de culte.


Paris-Phuket: Il y a aussi différents grands monuments, notamment près des jardins à la française (inspirés de ceux du château de Versailles): que d'éclectisme!

AM: Effectivement, dans ce coin-là, vous trouvez la réplique de Stonehenge et quatre hautes tours représentant la culture de certains pays d'Asie du Sud-Est: le Laos, le Myanmar (ex-Birmanie), la Thaïlande du nord et Bali (Indonésie).


Paris-Phuket: Quels sont les évènements marquants de Nong Nooch, passés et futurs?

AM: Outre la biennale de l'association des collectionneurs de palmiers (déjà citée), nous accueillons régulièrement des conférences internationales comme celles de l'association des collectionneurs d'heliconia et de cycadacées. La prochaine est la conférence internationale sur les frangipaniers en mars 2009. Et en 2012, de nouveau la conférence de l'IPS (International Palm Society).


Actuellement, nous n'avons que 13,000 palmiers du Japon et devons arriver à 100,000 pour ce rendez-vous important. Il faut compter 5 à 6 ans pour avoir un beau palmier après avoir planté la graine, dans leur pays d'origine, certains palmiers mettent 10 ans avant d'atteindre 4 mètres de hauteur. Ici, grâce à tous nos efforts mis en commun, il leur faut 6 ans pour faire 6 ou 7 mètres. Mais c'est un travail de tous les jours…


Paris-Phuket: Comment voyez-vous l'avenir de Nong Nooch?

AM: M. Kampon a 65 ans (comme moi !) et pense prendre sa retraite dans 10 ans. Il cite souvent ce proverbe thaï qui dit qu'une plante meurt avec son jardinier et c'est pour cela qu'il a formé une équipe de responsables spécialisés et à même de continuer sans lui. Pour l'instant, c'est une locomotive qui ne se repose que 5 heures par nuit et qui voyage beaucoup à l'étranger, toujours à la recherche de plantes et d'idées nouvelles. Il laissera une empreinte indélébile. Je ne pense pas que la flamme s'éteigne avec lui.

Propos recueillis par Raymond Vergé

 

Le Nong Nooch Tropical Botanical Garden & Resort est situé à ±18 km au sud de Pattaya, à hauteur du km 163 sur Sukhumvit.

34/1 Moo 7 Na-Jomtien – 20250 Chonburi

Tél. direct: (038) 709-358/62, Fax: 038-238-160

Bureau de Pattaya: 038-429-321 - Fax: 038-422-958 (en face du Nova Lodge)

Bureau de Bangkok: 02-252-17-86, 02-251-21-61, Fax: 02-252-99-75 (Scala Theatre, Siam Square, Soi 1)

Site web (en anglais): http://www.nongnoochtropicalgarden.com/

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Pattaya Taxi-meter: 038-368-113

Pattaya City - Transportation around, within and out of Pattaya

http://www.pattayacity.com/transport.html

 



06/12/2008
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