Timesharing à Pattaya

Le partage du temps perdu

        A Pattaya (comme à Phuket), les touristes occidentaux constituent un gibier de choix pour les vendeurs de «time-share» qui reprennent les mêmes stratégies qu'en Espagne, où ce système d'échange est devenu synonyme d'arnaque sophistiquée.

 

Il suffit de se promener sur Beach Road pour se faire interpeler par de jeunes Thaïlandaises bien sympathiques qui vous abordent sous prétexte d'un sondage visant à promouvoir le tourisme en Thaïlande.

Pour le vacancier philanthrope, c'est l'occasion d'avoir une interaction socio-culturelle digne de ce nom avec un autochtone. On lui demande son avis, il se sent concerné, il veut participer. Derrière le sourire enjôleur, il ne peut évidemment voir toute la mise en scène bien huilée et la ruse perfide.

Le questionnaire (en anglais) proposé innocemment applique en fait une méthode quasi scientifique pour sélectionner les victimes potentielles. Mine de rien, c'est un écrémage très efficace. Il s'agit donc officiellement de promouvoir le tourisme. Quoi de plus naturel sous les tropiques? D'abord, on vous garantit que les informations recueillies ne seront pas détournées. Et pour cause!

Ensuite on vous demande si vous êtes étudiant, employé, chômeur ou retraité. Si vous cochez «employé», vous plaisez beaucoup à la gente damoiselle. Les autres manants ne l'intéressent guère.

Si vous avez entre 27 et 65 ans, elle vous fait les yeux de Chimène et si vous êtes mariés, vous êtes vraiment l'élu de son cœur, à condition que vous soyez venu avec votre famille ou au moins votre épouse. Vous vous devez d'être solvable et responsable, tout de même !


Le formulaire se termine par des questions banales: est-ce votre 1er séjour à Pattaya, connaissez-vous Jomtien, quelle est votre nationalité, le nom de votre hôtel, les dates d'arrivée et de départ… Vous êtes désormais localisé. Ils ne vous lâcheront pas: vous serez éventuellement contacté le lendemain matin par des «telephone marketers» qui prendront le relais.

Mais tant qu'elle vous tient sous son charme, la jeune personne si affable vous sort une liasse de coupons imprimés sur papier glacé aux couleurs avenantes et scellés par une couture dont les pointillés facilitent la déchirure. C'est une loterie gratuite, vous devez simplement piocher pour savoir si la chance est avec vous. La curiosité vous aveugle: tous les billets sont gagnants, œuf corse.

Si vous avez un «profil» au potentiel moyen, on vous fera tirer un simple «bon pour un BBQ», mais par contre si vous êtes le client idéal, vous aurez droit à choisir entre différents gros lots listés ci-après: un appareil photo digital, une semaine en hôtel de luxe ou 500 $US.


Et comme il faut battre le fer tant qu'il est chaud, tous les lots doivent être retirés immédiatement au «Centre d'Information». Comment, vous hésitez encore ? Ne vous inquiétez pas, le transport est gratuit, on vous y emmène séance tenante. (La jeune fille bien sous tous rapports perçoit une commission pour chaque proie capturée. Il lui arrive aussi de se faire tancer vertement par un touriste furieux qui a compris la supercherie, ce sont les risques du métier).

Vous arrivez dans des bureaux spacieux et luxueux (strictement interdits à toute personne étrangère au service et non accompagnée par une rabatteuse), situés dans une tour résidentielle et occupés par une vingtaine de farangs aux dents longues.

Ce sont des «liners» (prononcer laïneurz), ou posticheurs nouvelle génération. Ils vendraient du sable aux Touaregs ou de la glace aux Esquimaux...

Détail intéressant, il n'y a pas de négociants francophones, soit parce que nous sommes de mauvais payeurs ou parce que nous connaissons déjà les ficelles. Ou les deux.

Bref, on fait tout pour vous vendre une semaine de vacances par an pendant 30 ans, et pour la modique somme de sept cents mille bahts, payable en plusieurs fois bien entendu.

Vous êtes littéralement pris en main pendant des heures par des bonimenteurs qui se succèdent et guettent le moment où vous aller céder. Pour se libérer, certains finissent par laisser relever l'empreinte de leur carte de crédit. Il leur sera difficile de se désengager et il va sans dire que de nombreux acquéreurs regrettent leur achat après signature.


L'argument-massue: «Combien dépensez-vous pour vos vacances ?» (…) «Eh bien, pour le prix de quelques années de vacances, vous avez la possibilité de disposer ici d'un appartement à vie ! En plus, vous pourrez échanger votre temps de vacances et passer un séjour équivalent partout dans le monde».

En théorie c'est vrai, mais en pratique cela continue de donner lieu à un nombre incalculable de plaintes et de recours en justice qui ont très peu de chances d'aboutir, surtout en Thaïlande où le time-sharing n'est pas encore soumis à la règlementation comme en Europe ou aux Etats-Unis.

Attention: certains de ces vendeurs essaient de faire croire que leur «nouvelle formule de vacances» n'est pas du «timesharing»; en effet, celui-ci n'a pas bonne presse vu les méthodes de vente agressives utilisées par certains vendeurs lors des années 1980 et 1990.

Le Timeshare est un bon système de vacances lorsqu'il n'est pas exploité par des escrocs qui vont imaginer et vous proposer des systèmes qui auront l'aspect du Timeshare mais qui n'en seront pas. Leur but étant de vous soutirer un maximum d'argent sans que vous puissiez exercer vos droits!

C'est malheureusement le cas en Europe, en particulier en Espagne, où les escrocs du Timeshare ont trompé tellement de monde là-bas qu'ils ont fini par tuer le marché et, en conséquence, la revente.

Refusez d'assister à la rencontre qu'ils vous proposent, souvent avec cocktail à l'appui, dans un environnement très agréable. Il faut que vous sachiez qu'il est très difficile de résister aux méthodes de vente très efficaces qu'ils développent. Même ceux qui se croyaient très forts se sont laissés prendre.


Si vous avez cédé à l'invitation d'une semaine gratuite, sachez que vous devrez financer au moins votre voyage, et qu'une fois sur place, les vendeurs vous rencontreront régulièrement pour vous faire céder. Cela peut durer plusieurs heures, même plusieurs jours en fonction de votre résistance. Leur seul but est de vous faire signer une commande et un engagement financier par chèque ou carte bancaire.

Un vendeur de 'time-sharing' est tout à fait capable de passer la journée avec un acheteur potentiel. Y compris en l'invitant à déjeuner. Ce n'est pas pour rien qu'on parle de "vente agressive". Le vendeur veut faire comprendre à l'acheteur qu'il s'agit d'une chance exceptionnelle. Et même une chance d'un jour! Pas question de ramasser la proposition de vente et de s'en retourner l'examiner calmement…

D'ailleurs, les prospectus ainsi que les contrats manquent d'informations détaillées concernant, notamment, les frais supplémentaires à supporter et ce qu'ils couvrent exactement, l'existence d'un acompte très élevé, les possibilités d'échange, le droit de renonciation, l'état du bien acheté et les garanties financières dont dispose l'acheteur en cas d'inachèvement du projet en question.

Il est difficile de revendre son droit ou de l'échanger: seuls les droits d'occupation pour des résidences de luxe à des endroits intéressants et une période favorable peuvent s'échanger facilement.

Le secteur a connu de nombreuses faillites dans le passé, laissant les acheteurs totalement démunis. Les prix de «timeshare» neufs et les frais annuels de gestion sont souvent très élevés en regard de la qualité offerte.

Exemple récent à Pattaya: un client étranger a payé 1000 dollars (37 000 bahts) pour une semaine par an pendant 5 ans dans un studio qui lui coûterait normalement moitié prix: à ce tarif cela lui revient à 7400 bahts par an, donc par semaine, alors qu'il peut très bien louer un studio équipé tout confort dans une résidence agréable pour 3700 bahts...

Le "propriétaire" d'une période de time-sharing peut effectivement participer à une bourse d'échange et troquer son temps contre un séjour dans une autre résidence, dans un autre pays. Mais il faut verser une cotisation annuelle pour bénéficier de cette bourse internationale d'échanges (chez RCI par exemple) et des frais sont liés à chaque échange. Par ailleurs, tous les séjours ne sont pas équivalents…

Contrairement à ce que prétendent les vendeurs, on ne peut thésauriser ses périodes pendant plusieurs années, histoire d'accumuler pour un long séjour exotique. Dans les faits, les séjours doivent être consommés dans une période limitée. Et il ne faut pas spéculer sur la revente d'un timesharing. Elle risque de se faire à perte...

Raymond Vergé

Pour plus d'informations, entre autres:
-Association de défense des consommateurs de semaines en temps partagé:

-Association des propriétaires adhérents francophones de vacances en temps partagé:


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Dara: un petit paysan devenu étoile du front de mer

        L'histoire de Dara est typique de ces parias marqués par un handicap qui leur sert ensuite de marchepied pour s'élever socialement. Aujourd'hui âgée de 26 ans, elle est née fille dans un corps de garçon, issue d'un milieu rural et pauvre où la virilité est plutôt de mise pour affronter la rudesse du quotidien, au sein d'une famille de sept enfants, dans la région de Khorat, le "Nordeste" thaïlandais.

        Son calvaire a commencé vers l'âge de 7 ans lorsque son orientation sexuelle s'est affirmée. Élevée avec sa sœur jumelle, elle eut les mêmes jeux, les mêmes aspirations mais fut vite la cible de l'opprobre familial et social: tous les malheurs lui étaient imputés! Diabolisée en toutes occasions, elle ne trouvait grâce aux yeux de personne. On l'envoya même garder les pourceaux pour la punir et l'aguerrir. Une expérience qui lui servira plus tard: tout homme a dans son cœur un cochon qui sommeille !


        Encore adolescente mais déjà sure de ses convictions, elle partit pour Pattaya qui représente un eldorado très accessible pour les natifs de l'Issan. Son premier job fut de vendre des bananes frites sur la plage de Jomtien.

        Devant tous ces beaux touristes qui lui souriaient, elle était en représentation permanente et réalisa très vite son pouvoir de séduction, surmultiplié par une grande soif de reconnaissance.

        Un recruteur perspicace remarqua ses talents et lui proposa de parfaire son numéro pour un salaire plus à la mesure de ses ambitions, dans la vente de Time Sharing.

        C'est ainsi qu'elle devint l'une des meilleures rabatteuses de la côte est, et put se payer les opérations (additions et soustractions) nécessaires pour cacher une masculinité abhorrée.


        Le beau papillon se libérât enfin de sa chrysalide et put se mettre à butiner dans la plus grande insouciance, tout en devenant une autorité (financière et décisionnelle) dans sa famille qui l'avait quasiment rejetée. C'est la revanche de l'androgyne.

        Aujourd'hui, en emmenant des touristes se faire proposer des contrats mirifiques, elle a pleinement conscience du caractère ambigu de ses activités, mais cela lui permet de  participer aux dépenses du clan familial. Dans la culture thaïlandaise, c'est un devoir sacré pour la plupart des enfants.


        Les rabatteurs comme Dara arpentent le macadam du lundi au vendredi de 11h à 17h. Ensuite, une équipe de nuit prend le relais. Le salaire est de 200 bahts/jour avec une commission de 20 bahts chaque fois que les téléphonistes localisent les touristes à l'hôtel (tous les sondés ne mettent pas leurs vraies coordonnées sur le questionnaire).

        Les rabatteurs font grand usage de leur portable et ils ont bien sûr droit à un forfait de deux milles bahts/mois de téléphone. Naturellement, on leur rembourse chaque fois la course en taxi pour transporter leurs «conquêtes».

        Et chaque fois qu'ils emmènent un client au bureau et que celui-ci reste au moins une heure (le temps de ferrer le poisson), la prime est de mille bahts. Si une avance est versée pour une location, c'est trois mille bahts de mieux.

        A ce tarif, les rabatteurs n'hésitent pas à revenir au bureau dans la soirée si nécessaire pour finaliser une vente en mettant la pression sur le client et lui donner le coup de grâce, sans état d'âme. Tout ce qui est partagé fait du bien !

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Qu'entend-on par «timesharing» ?
    Il s'agit d'une formule de vacances dont la nature pourrait être attrayante pour les particuliers dépourvus de moyens financiers suffisants pour se lancer dans une véritable acquisition immobilière: ils peuvent «acheter» le droit d'occuper, pendant une période assez longue, variant de 20 à 50 ans (parfois, la durée est cependant limitée à quelques années) un logement équipé et meublé comme résidence de vacances, pour une ou plusieurs semaines chaque année, souvent dans des complexes de type club.

    Cette formule de vacances, à mi-chemin entre la propriété et la location, permet en principe d'optimaliser l'utilisation d'un complexe touristique.

    Le prix d'achat varie selon la saison, la durée, la capacité d'occupation, la situation du logement, son équipement, sa finition, son prestige, la marge bénéficiaire du vendeur. A ce prix d'achat s'ajoutent des frais supplémentaires tels que les frais de gestion et d'entretien à payer chaque année, même si le logement n'est pas occupé, les frais fixes (assurances et taxes), les honoraires du gérant.

    Dans la plupart des formules de «timesharing», l'acquéreur a la faculté, en s'affiliant à une bourse internationale spécialisée, d'échanger sa période de vacances contre celle dont quelqu'un d'autre bénéficie dans un autre lieu de séjour. Mais l'inscription à cette bourse ainsi que l'échange proprement dit entraînent des frais. En outre, les possibilités d'échange du logement varient en fonction de la période « achetée » (c'est-à-dire haute saison, moyenne saison et basse saison, représentées par des couleurs différentes), de la capacité d'occupation et du standing du site.

CONSEILS PRATIQUES
-Ne pas conclure hâtivement de contrat
-Ne pas payer d'acomptes
-Se renseigner sur la société de time-sharing
-Ne pas perdre de vue qu'il est difficile de revendre son droit ou de l'échanger
-Se méfier des propositions trop alléchantes faites par des sociétés afin de racheter les biens du temps partagé.



03/03/2008
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